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Star Trek Into Darkness

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Abrams impressionne avec ce second opus du (re)nouveau Star Trek, qui joue résolument la carte du gigantisme, de l´émotion et de la nostalgie. Avec Spock pour véritable héros.

La mode hollywoodienne est à la relance des franchises à succès. Il y a quatre ans, J.J. Abrams créait la surprise en sauvant du naufrage la série Star Trek, tombée ces dernières décennies dans l’oubli à cause de longs métrages de plus en plus cheap et mal écrits, incapables même de contenter les plus acharnés des fans. Une opération de dépoussiérage devenait urgente. En 2009, ce fut chose faite avec une Enterprise, un Starfleet et des personnages flambant neufs, réunis dans une préquelle tirant sur les cordes de la réalité alternative. Mais un excellent film ne pouvant pas compenser à lui seul la piètre qualité des épisodes précédents, il fallait raison garder et attendre de voir ce que Abrams nous soumettrait pour la suite – Star Trek ne pouvant se concevoir qu’en tant que construction sérielle. Star Trek Into Darkness répond à cette nécessité de continuité qualitative tout en affirmant le projet cinématographique d’Abrams : travailler avec la mémoire et la nostalgie de son spectateur.

Une nouvelle génération

Dans l’univers de Star Trek, la Fédération des Planètes Unies est soumise à des règles strictes que ses membres ne doivent pas transgresser. La "Prime Directive", inspirée du principe de non-ingérence, stipule qu’aucune action intelligente ne doit interférer avec le développement d’une civilisation extraterrestre. Pourtant, cette mesure drastique pèse moins dans la balance de James Kirk que la vie de son acolyte et ami Spock. Lorsque, sur la planète Nibiru, le Vulcain plonge dans un volcan bouillonnant pour tenter d’empêcher son éruption, qui aurait pour conséquence l’éradication de la population locale, Kirk décide d’ignorer les conventions, de venir à la rescousse de son partenaire et de laisser voir l’Enterprise aux autochtones, quitte à en subir les conséquences à son retour au siège de Starfleet.

 

 
 
La « nouvelle » génération de Star Trek au cinéma se caractérise par son insoumission – la marque d’une jeunesse frondeuse, téméraire et insolente. À l’instar du premier opus, centré sur le recrutement d’un James Kirk révolté et la constitution de l’équipage de l’Enterprise contre vents et marées, Into Darkness fait de l’esprit mutin, en addition à un sens aigu de l’amitié, les principales qualités d’un bon explorateur de l’espace. Confrontés à un mystérieux personnage nommé John Harrison, qui vient de faire sauter une partie des archives de Starfleet à Londres, Kirk et Spock sont amenés à s’interroger sur les actes passés et futurs des officiers de la fédération, quand bien même ils devraient pour cela outrepasser les obstacles de la hiérarchie. Franc-tireur jusqu’au bout, le capitaine Kirk n’a d’yeux que pour les hautes conceptions morales induites par la sauvegarde de la vie humaine.

Dans le précédent film, Abrams faisait du test du "Kobayashi Maru" (sorte d’examen de passage pour les capitaines de la flotte de Starfleet, caractérisé par l’impossibilité des candidats d’échapper à la destruction) une métaphore de la détermination de James Kirk, capable d’aller jusqu’à trafiquer la simulation pour ne pas perdre – parce qu’il refuse l’idée même de pouvoir être confronté à la mort. Cet épisode en prolonge l’enjeu dramatique en mettant Kirk face à la disparition effective ou potentielle de ses proches, libérant un flux de sentimentalité qui touchera également ses camarades d’aventures, notamment Spock et Uhura.

Mythologie(s)

La scène d’ouverture consiste également en une impressionnante plongée dans l’univers de la fédération galactique et des mondes inexplorés qui faisait déjà le sel de la série TV originale. Le ton est donné d’emblée : voyage, découverte et exotisme, les vertus premières initiées par Gene Roddenberry en 1966, restent vivaces plus de quarante ans après sa diffusion. Abrams sait qu’il doit faire à la fois avec les "Trekkies", ces fans obsédés par l’univers de la saga, et tous les autres, spectateurs ignorants de Star Trek et détracteurs de tout ce qui ressemble à un vaisseau spatial. De fait, son dépoussiérage de la série ne se contente pas de passer un coup de plumeau, mais ambitionne de reprendre les bases de la mythologie « trekkienne » afin d’imposer sa propre vision de cet univers.

 

 
 
Ce nettoyage en règle passe, bien sûr, par des scènes d’action sensationnelles, un scénario à multiples rebondissements et un visuel très séduisant (certaines scènes ayant été tournées en Imax, un choix opéré par Abrams après avoir assisté l’année dernière à une projection de The Dark Knight Rises de Christopher Nolan ). Exit, ici, les paradigmes métaphysiques et les questionnements philosophiques, la clé ouvre avant tout la porte de la nostalgie du spectateur, avec un script brillant d’Alex Kurtzman, Roberto Orci et Damon Lindelof qui lâche la bride à l’audace (certains diront à l’impudence) pour piocher ses protagonistes parmi les figures marquantes d’un précédent film de la saga, et dans le même temps proposer une relecture complète d’un épisode de la série originelle.

Cette conjonction des histoires et des temporalités va jusqu’à une conclusion en miroir qui, non contente de jouer avec ses modèles, transforme profondément le sens des premiers longs métrages de la série – sans toutefois jamais en briser la cohérence. Abrams réécrit la mythologie de Star Trek en s’appuyant sur l’idée borgésienne qui veut qu’il n’y ait pas des histoires, mais une seule histoire, concentration de toutes celles qui lui sont antérieures ou postérieures. La mythologie de Star Trek n’est ainsi pas unique, mais multiple, promesse de nombreux films encore possibles.

Titre original : Star Trek Into Darkness

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Durée : 130 mn


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