Sorda

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Le monde des sourds

Adaptation du court métrage du même nom

Eva Libertad est une scénariste et réalisatrice espagnole, également sociologue, diplômée de l’Université Complutense de Madrid. Cofondatrice de la société de production Nexus CreaFilms aux côtés de Nuria Muñoz Ortín, elle développe une œuvre engagée, à la croisée de l’intime et du politique. Elle est révélée en 2021 avec le court-métrage Sorda, première œuvre en langue des signes nommée à un prix Goya. Elle en réalise ensuite l’adaptation en long-métrage, présentée dans de nombreux festivals internationaux et auréolée à la Berlinale 2025 du Prix du public de la section « Panorama ». Son cinéma explore avec sensibilité et radicalité les questions de genre, d’inclusion et de représentation, affirmant une voix singulière dans le paysage du cinéma espagnol contemporain. Dans cette adaptation en quelque sorte de son court-métrage portant le même nom, Eva Libertad met en scène sa propre sœur, Miriam Garlo, devenue sourde à la suite d’une maladie, et apparaît même dans le film souffrant du même handicap.

Un couple mixte

Le film raconte donc l’histoire de sa sœur. Angela est sourde, Hector est entendant. Ils forment un couple épanoui et heureux malgré leur différence. Mais la naissance de leur premier enfant inquiète Angela : saura-t-elle créer un lien avec sa fille ? Comment apprendre à devenir mère dans un monde qui oublie si souvent d’inclure ceux qui n’entendent pas ? Le film est donc très original, tout autant que l’était le court-métrage Sorda, proposé entièrement en langages des signes. Afin d’inclure tous les publics, le long-métrage est à son tour proposé avec des sous-titres pour sourds et malentendants. Il sera également disponible en audiodescription. Et, dans la deuxième partie du film surtout, après la naissance de sa fille, Angela utilisera de plus en plus la langue des signes pour l’enseigner au plus vite à son enfant afin de ne pas être en reste dans le monde des entendants, puisque son mari est entendant, et toutes les peurs autour de ce handicap pour son bébé sont dissipées et qu’elle est déclarée entendante. Angela a donc dû subir la double peine : avant la naissance et même après, elle a dû affronter ses angoisses autour de la possible surdité de son enfant, et après elle souffre du fait de se sentir à l’écart de leur relation et sentir son enfant se détacher d’elle à cause de la surdité encore une fois.

Quand l’enfant paraît

Le thème central du film est donc ce handicap dans une société d’entendants et comment y échapper. La réalisatrice, pour cela, a été confrontée à plusieurs problèmes. Notamment la manière de filmer les personnages qui « signent » et, avec sa directrice de la photographie, Nina Ferrer, elles s’en sont très bien sorties. L’autre difficulté a été parallèlement de faire ressentir aux spectateurs entendants les difficultés pour les sourds à appréhender le monde et ses différents sons et ce dès le début du film, mais surtout pendant le dernier quart d’heure environ où le son est déformé et très assourdi pour nous mettre dans la situation de quelqu’un qui entend très mal voire pas du tout. C’est, au final, un film très réussi qui a obtenu pas moins de sept récompenses aux Goya. C’est la réalisatrice qui résume le mieux comment ressentir ce très beau film : « C’est au festival de Berlin qu’un public sourd voyait le film pour la première fois. Pour eux, il n’y a pas eu d’impact ; ils ont simplement reconnu que leur réalité est ainsi. Pour moi, en tant que réalisatrice, et pour Miriam, en tant qu’actrice, il était très important de ne pas essayer de représenter toutes les femmes sourdes à travers le personnage d’Ángela. C’est un personnage avec ses forces et ses faiblesses, qui ne se voulait en aucun cas exemplaire. Il ne fallait surtout pas qu’elle devienne un étendard, jusqu’à la fin nous l’avons voulue libre. »

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Durée : 100 mn


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