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Shéhérazade

Article écrit par

Ragazzo marseillais.

Présenté dans le cadre de la Semaine de la Critique, ce film est reparti bredouille. Pourtant il ne manque ni des qualités naturalistes, ni surtout symboliques, qui semblaient jusqu’alors faire le miel des derniers palmarès, comme si le jury de cette année avait voulu se démarquer en récompensant une pochade estudiantine, Diamantino de Gabriel Abrantes & Daniel Schmidt. Pourtant, même s’il présente bien des côtés agaçants, le film à l’arrache de Jean-Bernard Marlin, réalisé en grande partie avec des acteurs non professionnels, surtout de nuit, dans les territoires perdus de la ville de Marseille, se laisse admirer, au milieu des scories, comme une belle histoire d’amour dans le milieu de la prostitution. Le réalisateur connaît bien ses classiques et son premier long métrage, après Quelque chose de féroce en 2013, a bien quelque chose de l’univers des premiers films de Pier Paolo Pasolini, se reposant sur le portrait d’un ragazzo des temps modernes, et de sa dulcinée à la verve intarissable, qui fait le sel des banlieues. En effet, le casting est tombé sur deux perles, Dylan Robert et Kenza Fortas, dans les rôles titres de Roméo et Juliette sur le Vieux-Port.

 

 

Shéhérazade, sorte de film de contrebande comme le préconisait François Truffaut, emporte son spectateur dans un autre monde, un monde visible mais cependant parallèle, qui est celui de l’innocence et du meurtre, de l’amour et de la haine, de la fuite et de la réclusion. On sent bien ici que le propos du réalisateur est de nous placer au plus près d’une réalité qu’on sait exister, mais qui, par bien des côtés, nous dépasse. Comme avec le film Sauvage de Camille Vidal-Naquet, présenté dans la même section, on frôle le voyeurisme et le malaise, même si tout est sublimé par un souffle néoréaliste, pour ne pas dire réaliste poétique, qui fait fort heureusement oublier au spectateur la trivialité des événements et cette lutte incessante pour survivre. Et cette sublimation bien sûr, comme toujours au cinéma, s’appelle l’amour.

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Durée : 109 mn


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