Dans un des plus beaux villages de France
Avec son petit air de Milou en mai de Louis Malle (1990), Sauvons les meubles est le premier long-métrage de Catherine Cosme, directrice artistique et scénographe belge diplômée de La Cambre à Bruxelles, après deux couts-métrages, Les Amoureuses en 2015 et Famille en 2018. Très mélancolique, avec une très belle photo due à Caroline Guimbal, le film n’est pas seulement les retrouvailles de deux enfants près de leur mère qui va bientôt mourir et leur père, un peu rêveur, ou très à côté de ses pompes. Filmé dans l’un des plus beaux villages de France, Montclus dans le Gard, excusez du peu !, le film n’exploite pourtant pas la beauté des lieux et de la maison familiale parce que celle-ci s’impose sans empêcher de voir le malheur sous la magnificence de la nature et des rues. On sait bien hélas que le malheur et la mort sont partout mais il est vrai que mourir ici, entourée en plus des ceux que l’on aime, sans être un plus, pourrait toutefois transformer ce film dur en revue style Coté Sud. Il n’en est ou si peu. D’autant que la solitude, la maladie et la mort ne sont pas le sujet central de ce premier film. Ce qui apparaît après le premier tiers et que découvre tout à fait par hasard, c’est la situation financière de sa famille puisque la mère s’est endettée dramatiquement, et même en usurpant l’identité de sa propre fille ici présente. Cette sensation de film un peu bancal, du moins dans la première demi-heure, est cependant complètement assumée par la réalisatrice qui s’en explique ainsi dans le dossier de presse du film : « Je ne voulais en aucun cas réaliser un film misérabiliste. Mon objectif était de proposer au spectateur, à chaque instant, un espace pour rire de l’absurdité de la situation, tout en dénonçant un système où les sociétés de crédit, gérées par les banques elles- mêmes, ciblent délibérément les personnes déjà en grande difficulté. »

Excellent casting
Outre les images, les lieux et les décors, le film est parfaitement servi par un excellent casting pour lequel Catherine Cosme s’est vraiment engagée. Afin de mieux la connaître, elle est même allée passer une semaine chez son actrice principale, Vimala Pons, artiste polymorphe qu’on ne présente plus et qui, dans ce film, fait sensation dans le rôle d’une photographie médiatisée qui retourne au chevet de sa mère mourante. Mais elle n’est pas la seule : Catherine Cosme s’est aussi un peu intéressée au travail du ou de la directrice de casting. Ses actrices et acteurs sont tous parfaitement bien choisis et on pourrait parler en particulier de Guilaine Londez dans le rôle de la mère. Elle n’est pas là, et bien là, par hasard si l’on en croit ce que déclare la réalisatrice dans le dossier de presse du film : « Un jour, alors que j’étais en résidence d’écriture au Canada pour Bagarres, je travaillais avec un réalisateur qui devait me faire un retour sur mon scénario. Il reçoit un appel, s’excuse et discute une dizaine de minutes avec une amie actrice. Quand il raccroche, il reprend la conversation et je lui parle de Sauvons les meubles en évoquant justement Guilaine Londez, dont on m’avait suggéré le nom. Et là, il me dit : « Mais je viens de raccrocher avec elle ! » J’y ai vu un signe. J’ai donc pris contact avec elle. J’avais envie d’une comédienne qui apporte une voix singulière, presque chantante. Soit exactement celle de Guilaine qui, de plus, est originaire de ma région. »

Le retour d’Ophélie Bau
Sinon, tous les autres acteurs sont formidables, que ce soir le frère interprété par Yoann Zimmer et sa fille qui n’est autre que la propre fille de la réalisatrice, Jane Cosme van Handenhove. Mais aussi le père, Jean-Luc Piraux, un peu effacé mais très important. Dans le rôle de l’infirmière, infiniment humaine et ouverte, Catherine Cosme a demandé à Ophélie Bau, actrice régionale ayant eu des problèmes avec Abdelatif Kechiche, d’endosser le rôle de l’infirmière, pour lequel la réalisatrice déclare : « Ophélie qui a vécu une situation semblable avec son père, possédait la justesse et la douceur indispensables à ce personnage qui perçoit, comprend et sait répondre à la jalousie que peut susciter chez Lucile cette étrangère qui a un lien privilégié avec sa mère. » Et ensuite, concernant le travail particulier et fondamental de la directrice de la photo, Caroline Guimbal, Catherine Cosme déclare : « Nous avions travaillé ensemble sur Dalva, moi comme cheffe déco et elle comme cheffe opératrice. J’avais une immense confiance en son regard et en son sens de l’image. Le grand défi pour elle, c’était le rythme : il fallait tourner énormément de minutes utiles par jour, ce qui imposait un dispositif très mobile. »






