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Royal Affair

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Superbe épopée et histoire vraie, le dernier film de Nicolaj Arcel est splendide, haletant et magnifiquement interprété.

Nous sommes dans les années 1770. Lorsque la jeune et ravissante Caroline Mathilde quitta son Angleterre natale pour devenir Reine du Danemark, elle ne s’imaginait sûrement pas une seule seconde qu’elle deviendrait partie prenante d’une des pages les plus incroyables, les plus épiques et somme toute les plus dramatiques de l’Histoire européenne. C’est le destin extraordinaire de cette jeune femme que nous raconte ici le Danois Nikolaj Arcel. Quatrième long métrage pour Arcel et disons-le d’emblée, coup de maître, tant son film est époustouflant, maîtrisé sur tous les plans, qu’il s’agisse, en premier lieu, de la distribution – remarquable -, de la cadence imprimée au récit et surtout du scénario – dont Arcel est aussi l’auteur.

Scénario véridique donc. C’est cela qui étonne totalement après avoir récupéré de toutes les émotions que nous a procurées ce film. La Reine Caroline Mathilde a été mariée au Roi du Danemark, son cousin. Première anicroche : ce dernier, cyclothymique, néglige son épouse et la délaisse pour passer le plus clair de son temps au bordel. Arrive à la cour Johann Struensee, médecin, libre penseur aux idées imprégnées par la philosophie des Lumières. Il va devenir l’amant de la Reine et gagner progressivement en influence politique, ce jusqu’à exercer le pouvoir de 1770 à 1772, faisant réellement appliquer ses idées révolutionnaires.
   

Le septième art n’a jamais été avare en films sur l’époque des faits ici relatés. Mais invariablement le cinéma s’est concentré, pour narrer cette fin du XVIIIe siècle et l’époque révolutionnaire, sur l’Histoire de France et des adaptations de chefs-d’œuvre littéraires comme Le Valmont (1989) de Milos Forman, tiré des Liaisons dangereuses (1782) de Pierre Choderlos de Laclos. Qu’il s’agisse de films historiques ou d’adaptations littéraires, les auteurs semblent s’être centrés sur l’Hexagone. Citons aussi, à cet égard, le Danton (1983) d’Andrzej Wajda. Il y a donc bien un tropisme « tricolore » du cinéma concernant la Révolution française, ayant totalement occulté, jusqu’à présent, l’épisode du ministère Struensee, relaté par Royal Affair, 20 ans avant 1789… Méconnue par les européens, cette page capitale de l’Histoire, ici dévoilée, nous laisse stupéfaits.
  
 

 
 
D’une grande beauté formelle, Royal Affair ne se contente pas d’être un film d’époque. Certes, chaque plan est un régal. La reconstitution (costumes, château) est impressionnante, mais le film ne se satisfait pas d’une mise en scène léchée, restituant de très beaux tableaux. Du début jusqu’à la fin, le réalisateur donne à son travail une tension remarquable. Nous ne connaissons pas un moment de répit, sidérés que nous sommes par l’ampleur du drame qui se joue sous nos yeux. Nikolaj Arcel réussit la fabuleuse fusion de l’intime et de la grande Histoire en marche. Nous voyons l’intensité d’un grand amour s’épanouir en secret, mêlé, dans un même souffle, aux affres de la politique.

Notons l’interprétation marquante de Mads Mikkelsen en Raspoutine de velours. Ce dernier rend crédible son amitié avec le Roi fou par le truchement d’une psychologie des plus habiles et des plus fines. Il y a aussi l’adorable et sensuelle Reine Caroline, interprétée par une très émouvante Alicia Vikander. À mesure que l’action se déroule, nous voyons la candide souveraine se transformer en une femme mûre, ferme et courageuse face à sa destinée. Au-delà du film d’époque, de la reconstitution d’un épisode historique marquant, le film d’Arcel est très contemporain, à la fois réflexion sur le thème du pouvoir, du temps en politique, de la confrontation incessante entre les idées nouvelles et les forces conservatrices qui s’y opposent.

À l’image de ce triple galop de la jeune Reine et de Struensee dans la campagne, Royal Affair marque son tempo, à vive allure, sans temps mort, comme un thriller, une histoire splendide et hors du commun, une tragédie.

Titre original : En Kongelig Affaere

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Genre :

Durée : 136 mn


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