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Gigi

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La seconde comédie parisienne de Minnelli ressort en salles cette semaine.

Initié par Leslie Caron, produit par Arthur Freed au sein de la MGM, le projet Gigi, comédie musicale sans danse, profita de l’abandon de Paris par les aoûtiens pour le tournage de quelques scènes avant de repartir pour Hollywood. La production parvint même à négocier la fermeture du restaurant Maxim’s pour y poser sa caméra et tourner pendant quelques jours. La mise en scène de Minnelli, sous les atours de la reconstitution rutilante d’un Paris Belle Époque, s’y déploie de manière très hachée, cherchant la limite du point de rupture, de la dysharmonie. Y sont en jeu à la fois l’enserrement dans une ritualisation très prégnante d’une frange de la société qui use son confort à se mettre en scène, la description quasi rythmique de comportements à la limite de l’hystérie, et le décalage entre le regard porté sur un corps, l’attente qui lui assigne une place en même temps qu’une forme, et sa propre pulsation qui peut désynchroniser la relation entre les personnages dans le déroulement d’un plan ou d’une séquence.

Gigi est une jeune fille élevée par sa grand-mère et sa tante dans le Paris de 1900. Autour des trois femmes gravite un réseau de mondains. Elles passeraient presque pour être à la marge de leurs relations, mais les déplacements opérés par le film ne cessent de les resituer au centre, au moins pour deux d’entre elles : Gigi, pour Gaston Lachaille (un jeune rentier qui rejette les valeurs de son milieu), et sa grand-mère, pour Honoré Lachaille (oncle de Gaston, qui assume et profite entièrement de sa position). Mais ils ne le savent pas, ou, du moins, le savent sans le savoir. Ils s’en rendent compte après coup. Visuellement, cela passe pour beaucoup par un travail sur les trajectoires. On s’éloigne, parfois furieux. Le personnage traverse précipitamment le cadre, plusieurs fois en plongée, lève les mains au ciel, s’énerve, se tord les mains, par exemple Gaston, après un passage chez une Gigi transformée, vêtue d’une robe choisie par sa tante. Gigi clame de la même manière dans une des premières scènes son exaspération face à l’excessive préoccupation des parisiens pour ce qui touche à l’amour et à la séduction (« I don’t understand the parisians« ). Les va-et-vient sont incessants. Les sautes d’humeur également. Gaston n’arrête pas de monter et descendre les escaliers menant chez Gigi. On coupe court à l’action. On interrompt la scène. Puis on y revient. La scène chantée de « I remember it well« , entre Honoré, qui justement ne se souvient plus tellement de ses rendez-vous avec elle, et la grand-mère de Gigi, illustre bien ce mouvement global, fait d’une succession de points de ruptures, puis de pas de côté pour les combler. On coupe, puis on essaie de raccorder. Agitation des corps de Gaston et Gigi qui multiplient les gestes de rejet, les changements de trajectoire, peinant à trouver un ancrage.

Entre-temps, les personnages sont travaillés, tiraillés même, dans un univers où la sursignification des choses, des poses, des gestes, confine, dans son ambiguïté, à l’absurde (provoquant de nombreux effets comiques), tout en portant le risque paradoxal de la cécité. Les séances d’éducation mondaine données à Gigi par sa tante sont l’occasion de multiples micro-accidents et de réjouissantes singeries. Mais si elles tentent d’astreindre un corps à réfréner ses élans dans le but de lui obtenir une situation confortable (et un mariage sérieux, si possible avec Gaston), les clés qu’elle prétend délivrer en échange sont loin de briller par leur évidence. Les pierres admirées par Gigi au cou d’une grande dame se trouvent être signes d’un désamour. Les robes qu’elle désire lui sont interdites par sa tante, impropres à lui garantir la situation recherchée pour elle. Comment Gaston et Gigi peuvent-ils alors se reconnaître, et partager leur amour, au milieu de ce foisonnement signifiant à la valeur toujours fuyante ? Leurs chansons installent une relation différente au langage, leur permettent un glissement, un pas de côté. Elles engagent un travail intérieur. Elles défrichent au milieu d’un code illisible, posant les bases d’un accord possible. Elles autorisent les bifurcations, favorisent les rencontres, engagent à revenir sur ses pas.

Titre original : Gigi

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Durée : 115 mn


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