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Qui veut la peau de Roger Rabbit ? (Who Framed Roger Rabbit? – Robert Zemeckis, 1988)

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À l´ère du renouveau numérique et des performances techniques qui ne cessent d´aller plus loin, il est curieux de revenir sur un film qui constitua une révolution quant aux techniques d´animation.

Porteur d’influences et de références, comme le film noir (avec des personnages stéréotypés tels le détective, la femme fatale, …), Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, situé à Los Angeles, propose toute une série d’interactions entre toons et humains dans le style très élastique du cartoon hollywoodien des années 40. Ces personnages de cartoon, presque oubliés, vont être remis sur le devant de la scène grâce à ce film et Steven Spielberg ne s’arrêtera pas là. Outre Roger Rabbit, il produit également des séries d’animation conçues par la suite par Tom Ruegger : Les Animaniacs (1993-1998) ou Les Aventures des Tiny Toons (1990-1995).

Sorti en 1988, Qui veut la peau de Roger Rabbit est le 35e long métrage produit par les studios Disney. Plus encore, il constitue ce qui s’avèrera être un tournant décisif dans le genre de l’animation. Il faut dire que, d’entrée de jeu, les bonnes associations ont été faites : l’alliance des studios Disney avec Robert Zemeckis à la réalisation et Steven Spielberg comme producteur a tout pour plaire et le film a la chance de bénéficier des qualités de chacun. Les Looney Toons (1930-1969), quant à eux, sont la propriété des studios Warner qui sont également associés au projet. Les droits du roman de Gary K. Wolf dont est adapté le film sont possédés par Disney. À ce moment-là, Robert Zemeckis, lui, brille encore d’un franc succès grâce à son Retour vers le Futur (1985), et Steven Spielberg est en pleine période de gloire, représentant déjà une légende pour toute une génération de spectateurs. Par cette alliance, tous les atouts, créatifs ou financiers, sont présents pour mener à bien ce projet.

Une idée prometteuse, certes, mais qui, alors qu’elle se trouve encore à l’état de projet, apparaît clairement comme techniquement très ambitieuse. Le mélange de prises de vues réelles et d’animation n’est pas une entière nouveauté à ce moment-là puisque plusieurs films du genre se sont déjà essayés à cette technique, le plus célèbre étant sûrement Mary Poppins (Robert Stevenson, 1964), dans lequel les personnages apparaissent toutefois plats et sans reliefs, contrairement à Qui veut la peau de Roger Rabbit ? qui va proposer de réelles innovations sur ce plan. Il coordonne prises de vues réelles, en trois dimensions, et dessins manuels, en 2D. C’est le désir de faire réellement vivre le dessin qui va constituer un véritable défi. En effet, rendre crédible l’animation en incrustant des toons n’est pas chose aisée. C’est en cela que Qui veut la peau de Roger Rabbit va constituer une révolution : désormais, acteurs et personnages de cartoon bougent ensemble dans une même réalité, et la caméra les suit dans un même mouvement. Comment, alors, rendre vraiment possible, non plus un simple face-à-face, mais des interactions entre les acteurs humains et les personnages animés que sont les toons ? La technique n’avait jusque-là pas permis de telles interactions et c’est cette relation du toon et de l’humain qui, à partir de ce film, deviendra tactile. C’est ainsi au plus près de la fusion de la matière (animée) et de la chair (humaine) que la technique va tenter de s’approcher. Toons et humains vont pouvoir, non plus seulement se courir après, mais se toucher, s’attraper, s’embrasser. Les personnages animés se meuvent dans une 2D qui leur permet de prendre réellement corps face aux acteurs faits de chair et d’os. C’est sur la base du mouvement que tout le travail va se faire, avec un véritable désir de s’extraire d’une certaine fixité pour laisser la caméra libre. C’est donc à un travail de titan que se sont attaqué les techniciens du film : en vue de donner une autre dimension aux corps des toons, ils vont consacrer un important travail (sous le regard de Ken Ralston, spécialiste des trucages) aux différents effets de lumière et d’ombre, en procédant notamment par une méthode de calques, très minutieuse, quasiment image par image. On parle vraiment en termes de performances techniques en ce qui concerne le film, pour lequel les techniciens d’ILM (Industrial Light and Magic) construisent spécialement des caméras Vistaflex. Ils font donc appel au procédé Vistavision pour le tournage des prises de vues réelles. Il s’agit d’un tournage traditionnel et c’est par la suite, image après image, que se dessine tout le petit monde des toons. Alors que la révolution qui nous mènera jusqu’aux performances que nous connaissons aujourd’hui est déjà en marche, il y a encore, à ce moment-là, un côté très artisanal dans la technique, qui fait toujours appel au crayon et à la gomme. Quant aux trucages, complexes, sur l’ombre et la lumière, ils sont faits à l’aide d’une tireuse et de caches optiques : il s’agissait ainsi de donner du reflet, du corps à la présence des toons à l’écran. Avouons, avec le recul nécessaire, que le procédé fonctionne bien.

Sur le tournage, grande était la nécessité de déjà prendre en compte, à ce stade-là, l’existence des toons. À l’époque de Roger Rabbit, on parle encore de marionnettes spéciales qui, sur le plateau, jouent avec les objets comme devraient le faire les personnages animés, qui seront alors incrustés en post-production (dessinés image par image sur base de mouvements).
Le recul que nous avons aujourd’hui permet de rendre compte de l’évolution des techniques. Des années après avoir réalisé Roger Rabbit, Robert Zemeckis utilisera le procédé de la motion capture (capture de mouvements) qui permet, grâce à différents capteurs, de retranscrire gestes, expressions et attitudes des comédiens. L’animation, en termes d’évolution, a fait des pas de géant et Roger Rabbit dessine les prémices des performances que l’on connaît aujourd’hui. Techniques ultimes d’une fusion presque totale entre animation et cinéma.

Titre original : Who Framed Roger Rabbit ?

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Durée : 99 mn


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