Prête à tout (To Die For – Gus Van Sant, 1995)

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Le rêve américain sous le feu des projecteurs.

Prête à tout est un film important dans la carrière de son réalisateur et de sa vedette principale. Gus Van Sant, jusqu’ici associé à un cinéma indépendant plus rugueux voit là s’entrouvrir la porte des studios et des productions plus prestigieuses pour un parcours truffé de films passionnants comme Will Hunting (1997) et sa relecture de Psychose (Alfred Hitchcock, 1960), Psycho (1998). Quant à Nicole Kidman, bien qu’elle ait montré un talent certain dans quelques films efficaces mais mineurs (Calme blanc – Phillip Noyce, 1989 ; Malice – Harold Becker, 1993), son statut de femme de Tom Cruise et le peu d’envergure des rôles réunissant le couple (Jours de tonnerre – Tony Scott, 1990 ; Horizons lointains – Ron Howard, 1992) n’attirent guère l’attention sur elle. Mais tout va changer avec Prête à tout (Gus Van Sant, 1995). Andy Warhol vantait le principe selon lequel tout un chacun avait droit un jour dans sa vie à quinze minutes de célébrité. Or cest bien la seule chose après laquelle court justement Suzanne Stone (Nicole Kidman). Dès l’ouverture, Van Sant propose une narration morcelée où divers types de filmage vont se bousculer. L’esthétique est variable selon le point de vue adopté mais également selon le propos voulu. D’un côté, toutes les scènes de narration « classique » avec une photographie aux couleurs pastel mettent en valeur les tenues criardes de Kidman et évoquent le film publicitaire de son monde idéal. D’un autre côté, des interventions face caméra de Suzanne Stone sur fond blanc immaculé, où elle donne son opinion biaisée et hypocrite sur les évènements du récit, renforcent son côté artificiel. Le procédé est également repris sous la forme du reportage « sur le vif », les protagonistes étant filmés dans leurs environnements quotidiens ou plus ironiquement encore dans le cadre d’une émission de télévision racoleuse façon reality show. Van Sant inclut également dans son montage quelques inserts en forme de flashforward sur des lieux ou objets qui auront leur importance plus tard. Toute cette pluie d’artifices est au service du portrait peu reluisant d’une ambitieuse arriviste s’avérant effectivement « prête à tout ».

 

  
 
Van Sant connaît ses classiques et on pense ici à une version moderne de Boulevard de la mort (Billy Wilder, 1950) avec ce jeu sur la grandeur que l’héroïne s’attribue et le regard des autres, lequel est bien moins flatteur. La séquence où elle prend la pose devant les journalistes, émerveillée d’être enfin sous le feu des projecteurs, et la nuance qu’apporte l’alternance de sa vision par la réalité sordide, rappelle la conclusion du Wilder. – la conclusion de Prête à tout, avec cette adolescente devenue célèbre malgré elle et au détriment de Suzanne, fait elle miroir au Eve (1950) de Joseph L. Mankiewicz. La prestation de Nicole Kidman évoque d’ailleurs celle de Gloria Swanson dans Boulevard de la mort, à la différence que Swanson reste enfermée dans le statut de star qu’elle a été, tandis que Suzanne Stone se fige elle dans le masque et les manières de la vedette qu’elle pense devenir. L’échelle n’est plus la même, le prestige du cinéma de l’âge d’or a laissé la place à l’ambition des grands networks télévisuels. Cette fascination pour le petit écran, Kidman en donne une illustration magnifiquement creuse. Suzanne Stone persuadée de son bon goût en tout chose, arbore un maquillage juste ce qu’il faut de trop marqué, enchaîne les phrases spirituelles toutes faites piochées dans les magazines et affiche constamment un masque souriant dissimulant les plus perfides pensées. C’est la banlieusarde, la provinciale qui rêve de la grande ville et s’imagine supérieure à son entourage plus terre-à-terre.
  

 
Van Sant prolonge ainsi sa vision de l’Amérique white trash et peuplée de paumés en tous genres – que l’on retrouvera aussi dans Will Hunting, Elephant (2003), Paranoid Park (2007) -, Kidman ne valant guère mieux que les adolescents qu’elle interviewe. Parmi eux, un tout jeune Joachim Phoenix déjà brillant en adolescent perdu. Nicole Kidman, tour à tour sexy, psychorigide et d’une fausseté constante, offre une prestation époustouflante en femme fatale mystérieuse obsédée par les médias. Tout ce que l’on sait d’elle se définit par sa focalisation sur sa carrière sans que l’on en sache davantage sur l’origine de sa motivation. Lors des premières scènes, Matt Dillon tombe sous son charme sans que le moindre dialogue ne soit échangé entre eux, Kidman représentant toujours une silhouette lointaine, sensuelle et à la posture toujours parfaite. Et c’est bien ce qu’est Suzanne Stone tout au long du film, une figure aussi distante et irréelle que ces icônes vedettes qu’on se plaît à admirer à la télévision, en représentation permanente (ce regard et ce laïus après son premier entretien sont grandioses). Ce rôle vaudra à Nicole Kidman un Golden Globe, les choses sérieuses pouvant enfin commencer pour elle dès l’année suivante avec le magnifique Portrait de femme (1997) de Jane Campion. Gus Van Sant, quant à lui, prouvait lui l’acuité intacte de son regard dans un cadre de studio, loin de sa filmographie "arty" de ces dernières années.

Titre original : To Die For

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Durée : 106 mn


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