Portraits fantômes

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Déambulation mélancolique et enchantée sur les cinémas d’une ville.

Je me souviens du cinéma à Recife...

Ce film brésilien attachant et sensible a un peu l’air de celui de Manoel de Oliveira réalisé en 2001, Porto de mon enfance. Comme un retour à la Amarcord sur la ville qui tient au cœur du réalisateur et qui la filme et la décrit minutieusement, mélancoliquement et tendrement. Kleber Mendonça Filho est une figure du cinéma brésilien puisqu’il a une longue carrière de critique et de programmateur. Il fut responsable de la section cinéma de la Fondation Joaquim Nabuco pendant dix-huit ans et écrit pour le Jornal do Commercio à Recife, ainsi que pour d’autres publications telles que Revista Continente et Folha de São Paulo. Il est directeur artistique de la Janela Internacional de Cinema do Recife et conservateur en chef du cinéma à l’Institut Moreira Salles. 

Portrait d’une ville à travers ses cinémas

Ainsi lorsqu’il décide de nous raconter sa ville, Recife, sous l’angle du cinéma, des salles obscures et de la maison de sa mère qui a servi à nombre de ses tournages, il connaît bien le sujet et il le traite avec émotion et sensibilité. Comme dans de nombreuses villes au cours du XXe siècle, des millions de personnes fréquentaient les salles de cinéma dans le centre-ville de Recife, au Brésil. Aujourd’hui, leurs ruines révèlent quelques vérités sur la vie en société. Portraits fantômes nous entraîne dans un voyage fascinant à travers le temps, le son, l’architecture et le cinéma de ce territoire empreint d’histoire et d’humanité. «Portrait Fantômes a pour personnage principal le centre-ville de Recife espace historique et humain revisité à travers les grands cinémas qui ont servi d’espace de rassemblement au cours du XXe siècle, déclare le réalisateur dans le dossier de presse du film. Ils ont été des lieux de rêves et d’industrie. La relation entre la population avec ce monde est un marqueur temporel des habitudes de la société. »

Des spectateurs assidus et passionnés

C’est bien tout cela qui ressort de ce magnifique film fait de montages de films retrouvés, notamment les siens, des archives familiales en super 8 et des déambulations dans cette ville souvent rêvée, transformée et dont il nous incite sincèrement à la découverte. La description des cinémas du centre ville est très attachante et peut servir également de matériau pour comprendre l’évolution de la société brésilienne dans son ensemble. Ainsi, dans son interview parue dans le dossier de presse, Charles Tesson fait remarquer à Kleber Mendonça Filho qu’on n’y projette aucun film brésilien et surtout pas les siens. La formation cinématographique du réalisateur se constituera surtout sur les productions américaines et sa réponse explique en profondeur le choix qui l’a guidé dans la réalisation de ce nouveau film de souvenirs. « En grandissant j’ai vécu des expériences cinématographiques formatrices et en voyant des films fous dans les cinémas du centre-ville de Recife, devant des foules hurlantes et déchaînées. Il s’agissait de cinémas commerciaux avec des programmes commerciaux, quatre ou cinq séances par jour, et non de projections dans le cadre de festivals. De Saló à Orange mécanique, La mouche, Razorback, Le serpent et l’arc-en-ciel, Die Hard, Robocop, Vivre et mourir à Los Angeles, Re-Animator. Pour n’en citer que quelques-uns. J’ai été heureux lorsque le cinéma São Luiz a ouvert mes deux derniers films – Aquarius et Bacurau – avec une participation du public (et un nombre de spectateurs) que je n’avais pas vus ou entendus depuis très longtemps. Je faisais maintenant des films qui, d’une certaine manière, étaient nés de ces premières expériences du cinéma en tant que forme populaire d’expression artistique, et j’avais l’occasion de voir mes propres films dans un mode de présentation très ancien. C’était étrange, inattendu et magnifique. »

 

Titre original : Retratos Fantasmas

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Durée : 93 mn


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