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Nouvelle cuisine (Dumplings)

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On a forcément, un jour ou l’autre, affaire à plus jeune que soi. Certains l’acceptent, d’autres non, et souhaitent rajeunir à tout prix ; oui, mais lequel ? C’est le cas de Madame Lee, ancienne star du petit écran. Son désir de rajeunir, et d’être à nouveau celle à qui son mari souhaite faire l’amour, […]

On a forcément, un jour ou l’autre, affaire à plus jeune que soi. Certains l’acceptent, d’autres non, et souhaitent rajeunir à tout prix ; oui, mais lequel ? C’est le cas de Madame Lee, ancienne star du petit écran. Son désir de rajeunir, et d’être à nouveau celle à qui son mari souhaite faire l’amour, est plus fort que tout. Elle s’adresse alors à celle que tout le monde surnomme Tante Mei (admirable Bai Ling), qui détient le pouvoir de rajeunir au creux de ses raviolis magiques.

A l’origine, Nouvelle Cuisine est un des trois segments qui composent 3 extrêmes. Mais la matière fut telle que Fruit Chan a décidé par la suite d’en faire un long métrage. Bonne idée tant le résultat est probant, le sujet appartenant au domaine du fantastique et titillant la limite de l’horreur. Or la richesse et l’ingéniosité de la mise en scène transforment ce sujet, loin d’être alléchant, en un beau film, l’éclairage de Christopher Doyle, chef opérateur attitré de Wong Kar-wai, y étant d’ailleurs pour beaucoup.

Le coup de génie du réalisateur réside dans le fait qu’il montre peu et suggère beaucoup. Ames sensibles s’abstenir tout de même. Le côté « monstrueux » du film n’est pas mis à nu devant la caméra. Bien au contraire, Fruit Chan s’amuse à nous le faire sentir, ressentir et deviner sans réellement nous le faire voir. Il utilise alors énormément le hors-champ et le décalage. Les personnages sont souvent « mal cadrés », à la fois dans et hors du cadre, comme s’ils n’étaient pas vraiment à leur place. Le hors-champ permet aussi de garder secret l’ingrédient magique des raviolis façon Tante Mei. On entend les bruits de la cuisine, le hachoir qui hache, le couteau qui coupe, la pâte qu’on étale et les raviolis qui frémissent…tout en se trouvant dans la pièce d’à côté, auprès de Madame Lee, qui attend, agitée.

Avec ce scénario, parfois à la limite du supportable, Fruit Chan nous délivre une critique cinglante de nos sociétés modernes où sexe rime avec beauté et jeunesse, et où nombreux sont ceux qui seraient prêts à sacrifier beaucoup (voire tout) afin de retrouver cette jeunesse qui leur échappe. Madame Lee en est l’exemple parfait. Elle a peur de vieillir, peur du regard changeant des autres (surtout de son mari) à son égard. Elle a peur de voir filer tout ce qu’elle a avec le temps et se rattache très fortement à cette jeunesse qu’elle voit s’éloigner, s’envoler à tire d’aile. Elle se retourne alors vers cette solution, qu’elle pense être le remède à tous ses soucis et ses problèmes : les raviolis magiques de Tante Mei supposés avoir les mêmes vertus rajeunissantes que la mythique et mystique fontaine de jouvence.

Mais tout a un prix qu’il faut payer tôt ou tard, Madame Lee finira par le découvrir, à ses dépens. Cette course au « jeunisme » n’est pas sans danger. Dans ce « sport », c’est le corps qu’on cherche à modifier mais c’est le plus souvent l’âme qui s’en trouve chamboulée. Les retombées psychologiques sont beaucoup plus importantes qu’on ne voudrait le croire et rajeunir est loin d’être beau et sans danger.

Si l’on vous donnait la possibilité de rajeunir, accepteriez-vous ? Le film répondra sûrement à votre place. En attendant, à bon entendeur, bon appétit…

Titre original : Dumplings

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Durée : 91 mn


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