Nos 18 ans

Article écrit par

Les ados de 90 sont-ils si différents de ceux d’aujourd’hui ? Et surtout, quelle est l’origine réelle d’un « film d’ados » ?

Nos 18 ans a pour principal mérite d’interroger la possibilité de réaliser aujourd’hui, en 2008, un film « d’adolescents » en s’émancipant des règles instaurées par les « classiques » des années 70/80 : des films « de drague » de Michel Lang (A nous les petites anglaises, A nous les garçons…) à La boum. La réponse sera négative. Nos 18 ans ne cesse, de scène en scène, d’aligner avec plus ou moins d’inspiration les lieux communs d’un genre un peu tombé en désuétude depuis au moins Le péril jeune de Klapisch, dont l’originalité reposait sur l’approche rétrospective de la jeunesse (qu’est-ce qu’on était cons à 18 ans…). Non que le thème de l’adolescence, et particulièrement cette période charnière de l’adolescence qu’est l’année du bac, manque en lui-même de charme. Mais laisse perplexe la manifeste impossibilité de n’y saisir davantage que la dimension « cool », trop explicitement naïve et insouciante.

Situé en 1990, Nos 18 ans serait comme une tentative sympathique mais incertaine de « film historique », le produit d’une étrange volonté d’extirpation du contemporain. Pas de portables ni de tecktonik à l’horizon, mais du Rita Mitsouko et du Téléphone. Les jeunes de l’époque apparaissent ainsi comme les figures presque mélancoliques d’un passé encore très proche mais déjà si lointain. Booms et affaires de cœur s’enchaînent avec fun, teintés de la conscience permanente de leur caractère d’évocation générationnelle. Cette « datation » est sans doute manifeste d’une volonté légitime de la part de Frédéric Berthe de toucher , dans tous les cas de faire le point  sur sa propre vision de cet âge. Faire encore un peu vivre ce qui n’a jamais prévenu de sa dimension non définitive. Ne pas omettre de saluer, de manière plus ou moins nuancée,  tous ces compagnons de route ayant à leur manière rendu si précieux ce temps perdu : le rigolo, l’intello à lunettes, la fille à problèmes, la petite amie…

Là réside finalement l’éternité du genre. Dans sa volonté souvent maladroite de rendre hommage à une période d’autant plus inoubliable qu’elle ne trouve son véritable prix que dans ses résurgences soudaines. Entre premières et dernières fois, s’y condensent toujours les tremblements d’un destin.

Titre original : Nos 18 ans

Réalisateur :

Acteurs : , ,

Année :

Genre :

Durée : 93 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..