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Miracle au village

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Entre fable et farce, ressortie d’un bijou de comédie alerte et caustique.

D’entrée de jeu le ton est donné. Le rédacteur en chef du journal local prend contact avec le gouverneur de l’État afin de lui annoncer le miracle qui vient d’advenir dans sa bourgade, lui demandant l’aide nécessaire pour faire face à l’afflux populaire et médiatique rencontré à la suite de l’annonce de la nouvelle. Morgan’s Creek est une petite ville du Midwest un peu désorganisée par la présence d’une garnison temporaire de boys en partance pour la guerre et par la soirée dansante donnée "to kiss them goodbye!". Le constable Edmund Kockenlocker (William Demarest) élève seul ses deux filles, Trudy (Betty Hutton) et sa cadette Emmy (Diana Lynn). Emmy, à 14 ans, est une jeune fille mature et structurée, sa sœur aînée, par contre, est plutôt romantico-follette et lorsqu’elle demande à son père l’autorisation d’aller danser avec les militaires, se heurte à un refus catégorique. Elle contourne cette décision, faisant appel à Norval Jones (Eddie Bracken) pour lui servir d’alibi prétextant une longue séance de cinéma. Et part danser de bras en bras en compagnie de conscrits aux dents blanches, des petits ou des grands, de boîte en boîte, puis est curieusement et opportunément assommée lors d’une danse acrobatique qui lui fait heurter un lustre (fort laid) la rendant amnésique ! Norval depuis de très longues heures l’attend et la voit arriver au matin quelque peu désorientée.
 
 
Norval amoureux transi de Trudy, quasi bègue et sans prestance, maladroit et sensible, est le témoin de l’aveu décisif : cette nuit, Trudy s’est mariée et a consommé son union mais a oublié avec qui, et de plus, en signant sa licence de mariage, a aussi signé sous un faux nom. C’est un peu compliqué pour Norval… mais il a le courage des timides ! Quelques semaines plus tard, il y a urgence car Trudy va devenir mère et aura besoin d’un statut reconnu : celui d’épouse. La bataille pour la licence de mariage a commencé et elle entraîne Norval, Trudy et Emmy dans une spirale acrobatique qui se terminera par l’incarcération de Norval pour vol. Trudy accouche d’un fils, de jumeaux, l’infirmière court de plus en plus vite, et de quatre on passe à six. Un miracle ! La machine normative passe à l’action et en un tour de manivelles, il est innocenté du vol, son vrai faux mariage est validé et il est propulsé officier dans l’infanterie (lui, le réformé pour hypertension). Norval devient alors le père de six enfants sans avoir jamais été intime avec Trudy… et lui rend enfin visite en uniforme d’apparat qui plaît aux autorités supérieures et à la morale publique. Le buzz média rêvé et la contribution à l’effort de guerre sont intransigeants ! Aussitôt connue, la nouvelle inspire le monde entier, Mussolini propose sa démission, Hitler exige un recompte !
 


 
 
Preston Sturges est un surdoué touche-à-tout. Dans ce film il joue de façon permanente avec plusieurs niveaux de lecture allant du burlesque basique à la critique ironiquement acerbe du système social américain de l’époque et de sa triomphante et moraliste middle class. Il développe sa comédie en tous sens, soutenu par une précision rythmique éblouissante, des dialogues franchement hilarants où se côtoient argot populaire et tournures sophistiquées, art de la chute et bons mots sans oublier quelques clins d’œil furtifs. Il se joue également du code Hays et joyeusement même : ne donnant ponctuellement à son producteur, la Paramount, que des miettes de scénario, utilisant la diversion et un métalangage particulièrement réjouissant, Sturges libère sa comédie des contraintes morales en vigueur. Sans doute garde-t-il de son enfance en Europe une acuité de regard envers son propre pays, une distance constructive de pensée critique, et dans ce film, une tendresse vacharde. Mais au-delà de tout cela, il est question d’une liberté de création joyeuse et active, bref de libération envers les pouvoirs constitués, logiquement complices d’une prise de pouvoir imbécile et qui sont ici ridiculisés, discrètement où pas : l’ordre, la police, le juge, le shérif, le médecin, l’armée et la famille. Tout le monde est dans le même sac. Et le plus cruel dans tout cela est l’acceptation idiote de la machinerie sociale dans laquelle les deux héros de la fable sont enterrés.

Titre original : The Miracle of Morgan's Creek

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Durée : 99 mn


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