Livre : Où en est le God-Art ?

Article écrit par

René Prédal (s/d) – CinémAction n° 109 – Ed. Corlet & Télérama – 2003, 272 p.

René Prédal, directeur en 1989 d’un premier numéro sur Godard, s’est remis à l’ouvrage, accompagné des meilleurs spécialistes et chercheurs, sur un homme et une oeuvre toujours complexes et évolutifs. On devinait déjà, par l’annonciation faite et revisitée par la trinité Jean-Luc-Matthieu transcendée en divinité, la fidélité pour un créateur en quête d’un Graal filmique.

Il y a dix ans, apparaissaient les trois Ages de Godard (l’expression ou les années 60, l’information ou les années 70, la communication ou les années 80) ; le Quatrième, la recherche ou les années 90, est arrivé. Comme les étoiles du cinéma (B.B., C.C, D.D.), le cinéaste a gagné ses lettres de noblesse (c’est, à ma connaissance, le seul cas masculin), devenant JLG. Martine Boyer (Godard : hors-d’oeuvre variés) note que son seul nom a pour effet de bonifier critiques (il les rend plus intelligents) et acteurs (Johnny Hallyday, éclairé dans Détective) et suscite des interprétations : God-Art évoque une spiritualité et une recherche plastique, Gode-Dard un érotisme, sous-jacent dès la première affiche d’A bout de souffle qui, comprenant une faute (Godart au lieu de Godard), ne fut jamais rectifié et vit simplement l’erreur occultée par un rond sur le t, confortant la confusion entre l’art et le dard.

L’ouvrage, allant de Nouvelle Vague (1990) à Éloge de l’amour (2001), reflète Godard par des textes d’ampleur et de nature diverses qui révèlent, entre autres, le religieux (Alain Bergala, La figure de l’ange ; Michel Cieutat, Les sept stations de JLG ; Jacques Rancière, La religion de l’Art...), l’historien (René Prédal, Pour une critique impressionniste des Histoire(s) du cinéma ; Alexandre Castant, Histoire(s) du (son du) cinéma ; Sarah Leperchey, Histoire(s) : narration et théorie des catastrophes…), d’autres, mêlent approches théoriques et analyses filmiques (Yann Calvet, Godard ou l’enchantement du monde ; Lucie Dugas, Allemagne année 90 neuf zéro, La mémoire fait l’Histoire ; Daniel Serceau, L’anti flash-back …), étudient les rapports du cinéma avec les autres arts (Steven Bernas, Le poète, le patron et le philosophe ; Raymonde Carasco, L’impossible éloge ; Michel Estève, Note sur Nouvelle vague ; Philippe Roger, Nouvelle Vague entre Tati et Bresson : musique, littérature, peinture...) et les médias (Yannick Dehée, Godard, l’intellectuel et les médias ; Patrice Enard, Histoire(s) de la télé, Histoire (est-ce) du cinéma ?…).

Godard, toujours obsédé par une nouvelle écriture cinématographique, n’a jamais cessé de démonter les cadres étroits de la critique et de la recherche en utilisant un langage de moins en moins visible et lisible, déconcertant les uns et confortant les autres, avides de citations littéraires et cinématographiques et d’innovations métriques. Une filmographie et une bibliographie récentes, complétant celles de 1989, enrichissent le tout. Un numéro utile pour appréhender une oeuvre difficile en perpétuelle gestation.


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Journal intime

Journal intime

Adapté librement du roman de Vasco Pratolini, « Cronaca familiare » (chronique familiale), « Journal intime » est considéré à juste titre par la critique comme le chef d’œuvre superlatif de Zurlini. Par une purge émotionnelle, le cinéaste par excellence du sentiment rentré décante une relation fraternelle et en crève l’abcès mortifère.

Été violent

Été violent

« Eté violent » est le fruit d’une maturité filmique. Affublé d’une réputation de cinéaste difficilement malléable, Zurlini traverse des périodes tempétueuses où son travail n’est pas reconnu à sa juste valeur. Cet été
violent est le produit d’un hiatus de trois ans. Le film traite d’une année-charnière qui voit la chute du fascisme tandis que les bouleversements socio-politiques qui s’ensuivent dans la péninsule transalpine condensent une imagerie qui fait sa richesse.

Le Désert des tartares

Le Désert des tartares

Antithèse du drame épique dans son refus du spectaculaire, « Le désert des Tartares » apparaît comme une œuvre à combustion lente, chant du cygne de Valerio Zurlini dans son adaptation du roman éponyme de Dino Buzzati. Mélodrame de l’étiquette militaire, le film offre un écrin visuel grandiose à la lancinante déshumanisation qui s’y joue ; donnant corps à l’abstraction surréaliste de Buzzati.

Les Jeunes filles de San Frediano

Les Jeunes filles de San Frediano

Ce tout premier opus de Valerio Zurlini apparaît comme une bluette sentimentale. Clairement apparentée au “néo-réalisme rose”, la pochade, adaptant librement un roman de Vasco Tropolini, brosse le portrait d’un coureur de jupons invétéré, Andréa Sernesi, alias Bob (Antonio Cifariello).