Les Nuits de Sister Welsh

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Avec ses décors soignés de mers déchaînées, de falaises profondes et de ciels en flammes, évoquant « Les Hauts de Hurlevent » et l´imaginaire romantico-gothique anglo-saxon, ce film inclassable, mais pas déplaisant, aura toutefois du mal à trouver son public, sauf ceux qui aiment un cinéma qui dérange.

On devrait toujours prêter attention aux détails. Le dossier de presse nous l’annonçait pourtant, ce film et une « comédie féérique ». Assez déjantée, elle se laisse voir même si elle présente certaines maladresses, sans doute inhérentes au style pas si facile que ça en fait, entre rêve, comédie, et psychologie. Jean-Claude Janer, le réalisateur, est diplômé de la Fémis et a travaillé au département Walt Disney Imagineering, d’où lui vient sans doute un certain goût pour le fantastique qu’il avait déjà mis en pratique pour son premier long métrage Superlove, l’histoire d’un garçon coiffeur qui rencontre la Vierge.
Dans un genre néo-gothique qui n’irait pas sans évoquer quelque peu Tim Burton, Jean-Claude Janer, en s’appuyant sur deux actrices impeccables, provoque le croisement de deux mondes : celui contemporain d’une jeune fille parisienne qui se trouve laide et mal aimée (Louise Blachère découverte dans La Naissance des pieuvres) et celui de ses fantasmes (dans lequel elle retrouve la rebelle sister Welsh, amoureuse du captain Grant, interprétée par Anne Brochet qui joue aussi le rôle de sa mauvaise mère). Dès lors, le film se veut une sorte d’initiation d’une adolescente lorsqu’elle passe de l’enfance et de la mochitude à la cour des grands. Elle en meurt d’envie, mais elle a peur aussi. Ce film sur le passage, même s’il est bizarre et un tantinet bancal, possède quelques moments assez intenses, notamment lorsqu’Emma, appelée au tableau par son professeur de mathématiques, se met à interpréter fort maladroitement une chanson de M, son chanteur favori. Ou quand elle s’amuse à imaginer qu’elle sortirait avec Fabrice, le mignon petit ami de sa meilleure copine, la pimbêche Marion. Ce n’est pourtant pas un énième film sur les ados boutonneux, Les Nuits de sister Welsh (à ne pas confondre avec Sister Act), avec ses décors soignés de mers déchaînées, de falaises profondes et de ciels en flammes, rappelle aussi les films qu’on adorait naguère et qui évoquaient les Hauts de Hurlevent et tout l’imaginaire romantico-gothique anglo-saxon. Film inclassable, mais pas déplaisant, il aura toutefois du mal à trouver son public, sauf ceux qui aiment que le cinéma les dérange.
« Le cinéma est une lanterne magique, nous confie le réalisateur, un pendule oscillant qui hypnotise, effleure les inconscients, à la façon d’une méditation transcendantale chère à David Lynch. » Mais qu’on se rassure, il ne s’agit ni d’un remake d’Eraserhead, ni d’une pâle copie de Inland Empire. Et pourtant, le portrait des femmes qu’il nous propose n’est pas inintéressant. La jeune Emma (peut-être en souvenir de madame Bovary) est un être en construction qui accepte et refuse, et dont les deux pôles sont à la fois sa mère, une femme froide, austère et amère qui refuse toute vie, et sister Welsh (l’autre facette de la femme éternelle, puisque c’est la même actrice), une femme passionnée, libre et amoureuse. Comme si le balancier oscillait toujours entre ces deux choix de vie. Quelle sera alors la vie de la jeune Emma ? « Je crois, analyse fort justement Anne Brochet, que Catherine est une femme qui a décidé de ne plus rien éprouver : plus aucune sensation, plus aucun désir, quel qu’il soit. Sister Welsh a décidé d’être libre de tout éprouver. Elles sont extrêmes et se rejoignent à leur manière. » Quant au spectateur, quel parti prendra-t-il dans cette lutte intestine ? Se passionnera-t-il pour un quelconque personnage, ou sombrera-t-il dans un profond sommeil ?

Titre original : Les Nuits de Sister Welsh

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Durée : 78 mn


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