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Les Misérables

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Après l’excellent film « Le Discours d’un roi », le réalisateur Tom Hooper fait son « coming out » musical. Avec quelques fausses notes…

La bande annonce des Misérables version 2013 devrait être interdite. On y voit, surpris, l’actrice Anne Hathaway amaigrie, cheveux courts, chantant "I Dreamed a Dream" d’une voix fluette mais juste, le tout dans un Paris de studio grisâtre et glacial (1). Ces quelques minutes, censées donner goût au film, envoûtent, montrent une superproduction originale, féérique et spectaculaire. Sauf que, comme certains produits de supermarché, les étiquettes sont parfois trompeuses.

Les personnages de Jean Valjean, Javert et autre Cosette ont longtemps fasciné cinéastes et acteurs, que ce soit Jean-Paul Le Chanois avec Jean Gabin (1957) ou encore Robert Hossein avec Lino Ventura (en 1982), Claude Lelouch avec Jean-Paul Belmondo (en 1995), Bille August avec Liam Neeson (en 1998), Josée Dayan avec Gérard Depardieu (en 2000)… Pour ne citer qu’eux. Mais cette fois-ci, le film Les Misérables pourrait bien être aussi malheureux que son titre… Pourquoi avoir décidé de se lancer dans cette aventure sonore après la réalisation de l’excellent long métrage Le Discours d’un roi (2011) ? Tom Hooper est-il en plein délire musical ? À toute folie, sa raison. Monter une comédie musicale, pour un réalisateur, relève du véritable défi. Le casting n’est pas seulement basé sur la réputation et le talent des acteurs mais sur leur capacité à chanter, par vents et marées. Et Tom Hooper a choisi finement l’un des meilleurs, Hugh Jackman, fan du show Les Misérables à Broadway. L’acteur australien s’est arrêté de boire 36 heures avant le début du tournage afin d’incarner au mieux physiquement et moralement son personnage de Jean Valjean. Face à lui, Russell Crowe – ceci n’est pas une erreur – pour jouer le méchant Javert. Et là, les oreilles tremblent, les voix aussi dirons-nous, tant le gladiateur d’une époque se retrouve constamment dans la fausse note, manque terriblement de crédibilité et casse donc un potentiel duo sympathique à l’écran. On commence à souffrir…
 
 

Les Misérables de Bille August (1998)… et Les Misérables de Tom Hooper, aujourd’hui. Une petite ressemblance ?

Le film se découpe en deux chapitres. Le premier, dans un Paris pauvre, c’est la guerre entre le prisonnier voleur Jean Valjean et le policier sans cœur Javert. Entre eux, Fantine, alias Anne Hathaway, prostituée, cheveux courts – coupés véritablement devant la caméra. Quelques émotions, une réalisation agréable, des fausses notes dès qu’Anne Hathaway hausse la voix. Mais surtout, un véritable show à l’américaine. De la paillette, du cliché, du drame et tous les dialogues chantés. Au diable l’œuvre de Victor Hugo ! Adapté du musical de Broadway écrit par le français Alain Boublil en 1980, Les Misérables de Tom Hooper devient une parodie costumée, caricaturale et ridicule. Les chants sans fin des acteurs s’apparentent à ceux de la Castafiore chez Tintin, le décor faussement théâtral accentue le côté kitsch de la réalisation et l’enchaînement des scènes, très chapitré, ne laisse aucune chance à l’évasion, à la féérie, à l’imagination.

Le deuxième chapitre du film met en scène Cosette, jouée par la sublime Amanda Seyfried, Eddie Redmayne en révolutionnaire acharné – et beau brun ténébreux que le destin gâte -, M. et Mme Thénardier, autrement dit le couple loufoque formé par Helena Bonham Carter et le diabolique Sacha Baron Cohen. N’oublions pas non plus deux merveilleux enfants, Cosette enfant et le petit Gavroche. Jusque-là, le casting laisse penser à une franche rigolade, à de l’émotion et de l’aventure – les décors du Paris insurgé ont même été bâtis par les acteurs, lors du tournage. Malheureusement, une fois encore, le chant n’étant pas le domaine de prédilection de l’acteur, la fausse note vient secouer notre calme de spectateur cinéphile. Tremblement, vibration désagréable, lyrisme sans limites, ce deuxième chapitre des Misérables s’apparente à un épisode de High School Musical, une histoire d’amour – on connaît déjà la fin -, une gentille qui chante bien mais dont les notes ne viendront pas toucher le cœur du prince charmant en révolte, bref, c’est à nouveau une déception, des lenteurs et une réalisation très lisse, tel un conte, sans surprise ni risque, tant de la part des acteurs que du metteur en scène.
 

 


Hugh Jackman dans le rôle de Jean Valjean. 

13 février 2013, Les Misérables sort en France. Aux États-Unis, le film cartonne – déjà 142 millions de dollars de recettes -, et c’est avec huit nominations (meilleur film, meilleur acteur pour Hugh Jackman, meilleur second rôle féminin pour Anne Hathaway, et cætera) qu’il est en lice pour les Oscars. De grandes chances pour Tom Hooper, déjà oscarisé, de repartir avec une statuette vu le casting et l’aspect très « paillette » du film. Mais si c’était à refaire, par pitié M. Hooper, ne laissez pas les acteurs pousser la chansonnette sans être en studio, ne laissez pas tourner la caméra à chaque fausse note et surtout, n’insistez pas sur les solos interminables.

(1) Anne Hathaway fait l’objet d’une parodie, à regarder ici. On préfèrera l’originale, en écoute ici.

Titre original : Les Misérables

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Durée : 160 mn


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