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Les Merveilles

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Ni écologiste ni transgressif, le deuxième long d’Alice Rohrwacher déçoit beaucoup.

Grand Prix au Festival de Cannes 2014, le deuxième long métrage d’Alice Rohrwacher, après Corpo Celeste (2011), déçoit beaucoup. Par la lourdeur de son style d’abord – même si les acteurs sont impressionnants de vérité ; par un scénario complètement indigent ensuite, qui mêle amour, écologie et télévision. Bref, un véritable salmigondis qui va chercher son inspiration du côté de chez Fellini, notamment pour la trouvaille de l’émission de téléréalité basée sur les paysans censés représenter la vraie vie. Fellini avait déjà tracé la voie, voici plus de vingt ans, en attaquant la télé berlusconienne dans un passage mordant de son dernier film, La Voce della Luna (1990). Depuis quelques années, les cinéastes plantent leurs caméras à la campagne, écologie débridée oblige, que ce soit pour l’admirer, la dénigrer, la défendre – cette troisième occurrence semblant évidemment la plus fréquente. Autant un film comme Y aura-t-il de la neige à Noël ? de Sandrine Veysset (1996), pourtant misérabiliste, était un pur délice, autant Les Merveilles apparaît comme une sorte d’apologie néo-baba de la vie en communauté à la campagne. La métaphore de l’apiculture, de son miel censé apporter douceur et réconfort, fait bien sûr long feu et l’on se doute bien que la vie est dure à la campagne, pour ces quatre ou cinq petites filles, surtout avec un papa aussi sévère qui dit sans cesse des gros mots. Corpo Celeste, bien que maladroit et prétentieux, avait au moins le mérite de poser la question de la foi. Ces Merveilles ont certainement séduit Jane Campion par leur côté néo-rousseauiste et élégiaque : on est en droit de se demander pourquoi. S’en dégage un ennui profond et un manque de rigueur, le film pâtissant d’un manque de clés : pourquoi ces Allemands exilés en pays étrusque ; pourquoi confie-t-on ce petit garçon siffleur à cette famille qui n’arrive que très difficilement à élever ses propres filles ; qui est cet homme qui passe un soir avec l’accent allemand et interprété par l’élégant acteur britannique Antony Langdon et, enfin, que veut dire le plan final sur le rideau de la porte qui laisserait subodorer que l’enfant aurait été un fantôme ?

Les spectateurs n’ont rien contre les films tristes ou désillusionnés, il faut voir le succès de Respiro d’Emanuele Crialese (2003) pour s’en rendre compte, encore faut-il que le film ait du sens. Ici, on dirait que la réalisatrice, partie de son idée des ruches et de fabrication du miel, s’amuse à mettre en présence des personnages pour voir un peu comment ils interagissent, tout en truffant son film de passages incongrus comme le matelas dans le jardin, le chameau attaché à son piquet ou encore le père complètement arrabbiato tout au long du film, sans oublier bien sûr l’inepte émission de télévision sur les merveilles du terroir italien qui donne son titre au film. Ce n’est pas dérangeant, bien au contraire, que la télévision soit tournée en ridicule, ou encore mieux, critiquée. Ici, on a seulement peur qu’elle soit la solution à tous les problèmes de la famille recomposée. Il n’en est rien, ouf !, et la séquence filmée de nuit à la manière du Satyricon (1969) de Fellini dans des catacombes est parfaitement ridicule, notamment la petite saynète de la danse de l’abeille sur la joue de Gelsomina (tiens, tiens, encore un « hommage » à Federico Fellini et Giulietta Masina !) accompagnée par le sifflement du garçonnet « autiste ». On en arrive presque à plaindre cette pauvre Monica Bellucci qui se serait sans doute bien passée de se ridiculiser dans un rôle d’animatrice télé déguisée en une espèce de grande prêtresse, prouvant par là qu’elle est prête à accepter n’importe quel rôle de druidesse ou de Falbalas gauloise dans le prochain Astérix.
Bref, un film vraiment énervant, d’autant plus énervant que la bande annonce, pleine d’exclamations laudatives, donnait envie de le voir. Il faut se méfier des publicités mensongères.
 

Titre original : Le Meraviglie

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Durée : 111 mn


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