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Les Faussaires (Die Fälscher)

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Durant la seconde guerre mondiale, un faussaire juif échappe au plus horrible des camps de concentration en prêtant son aide aux nazis. Tiré d’une histoire vraie.

Dans le sillon des films témoignant de la seconde guerre mondiale, Les faussaires succèdent à Mon meilleur ennemi, sorti le 7 novembre 2007 et réalisé par Kevin Macdonald. Ce dernier relate le parcours de Klaus Barbie. Traité sous forme de documentaire avec des images d’archives et des témoignages de survivants, le film expose la fuite du Boucher de Lyon avec émotion et humilité. Stefan Ruzowitzky, de son côté, s’appuie sur un ouvrage d’Adolf Burger (L’atelier du diable), l’un des survivants du camp, afin de réaliser Les faussaires. Les deux films ont un point commun: chacun, à sa façon, fait devoir de mémoire.

L’histoire, véridique mais peu connue, narrée par Les Faussaires se déroule au camp de Sachsenhausen. Salomon Sorowitsch, dit Sally, est un faussaire de grande réputation. Arrêté par la Gestapo qui a découvert son trafic, il survivra aux camps grâce à ses connaissances sur la fabrication de faux billets. Sally est sollicité, avec une poignée de détenus juifs (triés sur le volet) afin de réaliser, pour le compte des nazis, de fausses devises étrangères dans le but d’affaiblir l’économie des Alliés. Sans être ni chef ni sous-fifre, Sally sera la clé de la réussite, celui sur qui tous comptent en secret. Mais travailler pour les nazis ne peut laisser les esprits indemnes. Pas de libre arbitre possible: collaborer ou mourir.

En arrière plan se pose un cas de conscience, une question qui tourmente le personnage principal : sa propre vie vaut-elle de trahir les siens? Chacun, à sa façon, remettra en cause son « seuil de tolérance » à l’obéissance. Les esprits parfois s’échauffent au sein de cette « cage dorée », mais tous à un moment donné se rappellent que grâce à ce qu’ils font, ils mangent à leur faim et jouissent de conditions de détention relativement privilégiées. Même si le film nous montre des lieux divers, le huis clos et l’enfermement prennent sans cesse le dessus, car l’essentiel se passe dans l’atelier des faussaires. Leur survie dépend de ce qui se déroule dans ce seul lieu. L’image n’est jamais vraiment nette, comme si elle témoignait en direct des atrocités des camps. Malaise amplifié lorsque l’on assiste à des exécutions, insupportables, intolérables car injustes et injustifiées. Mais malgré la violence de certaines scènes (mais ne sont-elles pas nécessaire dans cette démarche de devoir de mémoire?), le film reste pudique. Pas d’exagération malsaine: le sang ne coule pas inutilement.

Au final Les faussaires est une oeuvre bouleversante qui parle avec précision de la guerre sans jamais la montrer.

Titre original : Die Fälscher

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Durée : 98 mn


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