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Les Bas-fonds new-yorkais (Underworld USA, 1961)

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La toile du syndicat du crime scrutée par un Samuel Fuller pionnier dans cette veine du polar.

Samuel Fuller signe un polar majeur et novateur avec cet Underworld U.S.A. L’ère du film noir classique est bien terminée et en ce début des années 1960, diverses œuvres feront évoluer le genre policier comme par exemple Les Tueurs de Don Siegel, basculant vers le polar urbain. En grand portraitiste de l’Amérique, Fuller dépeint un contexte qui ne sera effectif que quelques années plus tard au cinéma avec un film comme Le Parrain (1972). C’est le moment où le crime organisé devient une froide machine capitaliste fonctionnant comme une entreprise et où le profit se fait sans état d’âme, à travers les secteurs les plus rentables que sont la corruption, la prostitution et le trafic de drogue. Pour les contrecarrer, la justice s’organise aussi en une entité plus vaste que la police seule et remonte jusqu’aux hautes sphères judiciaires. Le scénario de Fuller illustre tous ces enjeux par une lente digression où, partant de la quête vengeresse du jeune Tolly Devlin (Cliff Robertson), on découvrira les arcanes de cette véritable guerre entre le syndicat du crime et la justice. Le scénario linéaire avance donc au fil des découvertes et des manigances de Tolly, progressant à la fois dans l’organigramme de la mafia et gagnant la confiance de la police pour mieux accomplir sa vengeance.

 

La brutale scène d’ouverture où le père du héros est tabassé et tué donne le ton suivi du parcours criminel en ellipse de Tolly, le visage juvénile mais déjà marqué par le mal de David Kent passant aux traits pleins de malice vicieuse de Cliff Robertson lorsqu’on le retrouve à l’âge adulte. Tolly est une sorte d’électron libre entre la justice et le crime, impitoyable et individualiste. La relation avec la mère de substitution Sandy (Beatrice Kay) et surtout la belle Cuddles (Dolores Dorn) qu’il a sauvée par intérêt vont progressivement l’humaniser, faisant de lui un représentant du peuple dans son désir final d’une vie normale et rangée. Même si jamais dit explicitement, le passé de prostituée de Cuddles en fera une autre abîmée de la vie, apte à adoucir la dureté de Tolly. Face à ces personnages torturés, le monde de la mafia s’avère implacable et déterminé. Même si un peu simpliste par rapport à d’autres films qui développeront de manière plus fouillée ces aspects (comme Les Affranchis (1990) de Scorsese), tout est déjà là, avec la glaçante réunion digne d’un conseil d’administration où chacun des responsables de secteur (prostitution, drogue et syndicat) viennent rendre des comptes aux PDG, validant ou pas la progression des chiffres de chacun. Lorsque ces discussions prennent un tour plus concret, Fuller l’exprime par une violence sèche ou personne n’est épargné, femme, enfant ou traître supposé.

 

Le réalisateur rend ces écarts d’autant plus frappants par un montage qui s’arrête toujours net avant l’explosion pour nous montrer cruellement l’accomplissement de l’action (le corps désarticulé de la fillette après avoir été renversée) ou conclure la scène par un humour noir inattendu (le truand demandant du feu pour sa cigarette après avoir fait flamber un quidam dans sa voiture). Dans ce contexte, tous les coups fourrés de Tolly emportent l’adhésion, faisant tomber une à une les pièces de l’organisation à force de mensonges et presque sans violence directe. Presque, si ce n’est cette saisissante séquence où il se révèle à une de ses cibles, en la cognant sévèrement mais en laissant à un autre (Richard Rust remarquable en homme de main) le soin de le tuer. C’est finalement par son seul vrai meurtre que s’exprime l’humanité retrouvée de Tolly puisque ne servant plus sa seule personne, mais c’est aussi celui qui le perdra dans une remarquable conclusion où son titubement final rappelle celui du Belmondo d’A bout de Souffle (1960).


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