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Le « Jeune cinéma français des années 90 » : une tendance certaine ?

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A l’heure de l’émergence et de la reconnaissance critique d’une poignée de jeunes cinéastes français prometteurs, il nous semblait nécessaire de les situer à la lumière de leurs aînés.

Au départ, une simple envie de faire le point, s’attarder enfin sur ce cinéma qui, du haut de ses vingt-ans, a sûrement enfin trouvé sa place dans l’Histoire. Comment parler aujourd’hui du cinéma d’auteur français, de la possibilité pour nos jeunes cinéastes de visualiser une suite à un premier film prometteur (d’Isabelle Czajka à Sophie Letourneur, de Mia Hansen-Love à Mikhaël Hers, nombre de premiers ou deuxièmes films laissent augurer d’assez beaux lendemains) sans s’appuyer sur un fait : la prospérité artistique effective d’au moins trois de leurs aînés ? Ainsi semblait-il évident que si Arnaud Desplechin, Olivier Assayas et Claire Denis, auteurs sur lesquels la critique française misa dès les premiers balbutiements, sont aujourd’hui les trois plus solides exemples d’un auteurisme pérenne, fers de lance parmi d’autres – souvent moins chanceux – d’un ex-jeune cinéma français décomplexé face à l’éternelle Nouvelle Vague, tout reste possible pour nos cinéastes émergents. C’est l’une des  – nombreuses – questions que nous avons souhaité aborder avec Thierry Jousse, grand observateur de cette période dont il fut le contemporain, à l’occasion de la sortie de son propre deuxième film, Je suis un no man’s land.

Ce Coin du cinéphile a donc pour principale motivation de marquer la place de ces trois noms dans le cinéma d’auteur d’aujourd’hui, tout en interrogeant franchement l’histoire qui est désormais la leur : celle du « jeune cinéma français des années 90 », devenu aujourd’hui une forme de repoussoir de par certains clichés établis comme à son corps défendant (le phénomène La Vie rêvée des anges, pointant la promesse provisoire d’un grand réalisme social à la française, apparaissant avec le recul comme le plus manifeste de ces clichés) en même temps qu’une incontournable référence (quoi que l’on en pense, ce jeune cinéma français marqua, après des années 80 outrancièrement formalistes – Besson, Beinex –, une volonté notable de concilier autant que possible enregistrement du réel et souffle romanesque, aspirations naturalistes et velléités de pure mise en scène).

Si ce dossier s’est voulu particulièrement centré, se focalisant sur les trois cinéastes précités et leur peu contestable « survie », il semblait bien sûr évident que cet épanouissement n’allait pas de soi, nombre de leurs contemporains ayant vu leur trajectoire prometteuse quelque peu malmenée par un mauvais choix, une rumeur, un instant d’égarement. Ainsi un article global, « Une tendance certaine ? », outre l’évidente référence du titre au fameux article de Truffaut, se veut la proposition d’une relativisation de ces parcours, s’appuyant notamment sur la reconnaissance publique tardive d’un Xavier Beauvois pour mieux mettre en lumière la trajectoire accidentée de ce dernier, l’absence de prestige actuel d’un Éric Rochant, un Cédric Kahn ou une Laurence Ferreira-Barbosa.

Mais au delà de ce seul cinéma français, ce Coin du cinéphile se veut surtout le point de départ de réguliers retours sur les pistes, engagements et (in-)certitudes critiques de ces vingt dernières années. Le temps a t-il par exemple validé les paris sur les cinémas argentin, sud-coréen, allemand, roumain, apparus parmi les plus riches de propositions dans le paysage toujours flou du cinéma contemporain ? Telle sera l’une de nos – nombreuses – questions de ces prochains mois.


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