Le Farceur

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L’euphorie amoureuse et son revers, de Broca à son meilleur !

Après le premier beau galop d’essai que fut Les Jeux de l’Amour (1960), la carrière de Philippe De Broca était lancée et serait ponctuée de retrouvailles régulières avec son double cinématographique de l’époque Jean-Pierre Cassel, le temps de trois autres films : Le Farceur, L’Amant de cinq jours et Un monsieur de compagnie. Cassel y promène son personnage immature et amoureux découvert dans Les Jeux de l’Amour dans des œuvres où s’entremêlent joyeusement fantaisie et marivaudage. Les Jeux de l’Amour avait gardé un certain ancrage dans le réel où un Paris bien contemporain côtoyait l’univers plus déluré des amoureux, tout en se jouant au sein de l’intrigue même avec un Jean-Pierre Cassel reculant devant tout engagement. Le Farceur plonge lui cette fois de plein pied dans cet univers pétillant et si caractéristique de De Broca. Cela s’annonce dès la merveilleuse ouverture où le sautillant Édouard Berlon (Jean-Pierre Cassel) échappe au foudre d’un mari jaloux en fuyant par les toits parisiens qu’il dévale joyeusement. C’est dans ce périple incertain qu’Édouard échoue dans une demeure bourgeoise où il va tomber sous le charme de la belle Hélène (Anouk Aimée), épouse mélancolique délaissée par son industriel surmené de mari.

 

 

De Broca oppose leurs deux mondes avec brio. La monotonie, l’immobilisme et la solitude pour Hélène tandis que la famille d’Édouard regorge d’excentriques plus farfelus les uns que les autres entre le grand frère râleur et photographe décalé (François Maistre), la belle-sœur bienveillante et maternelle (Geneviève Cluny où dans une référence extra-diégétique aux Jeux de l’Amour Cassel en parle constamment comme de sa première femme), la soubrette secrètement amoureuse (Anne Tonietti) et l’oncle rigolard et confident le soutenant dans toutes ses entreprises (Palau). C’est l’occasion de divers moments d’une folie contagieuse entre les séances photos historico-délirantes, la cacophonie de l’orchestre familial et bien sûr les disputes épiques entre tout ce petit monde. De Broca dessine là un portrait de famille aristocrate bohème et libérée où sous l’extravagance transparaît constamment le profond amour qui unit ses membres. Au centre de toutes les préoccupations, l’éternel homme-enfant Jean-Pierre Cassel étincelle de charme innocent et frénétique. Le passé de danseur de l’acteur fait merveille avec ce personnage séducteur et en mouvement perpétuel dont l’abattage aura progressivement raison de la froide Hélène dans une cour effrénée. Les influences sont multiples ici, De Broca maintenant constamment le mimétisme entre Cassel et des figures du burlesque comme Charlot ou Tati dans sa manière de le fondre dans le décor et dans son rapport aux objets (le début où il dévale Paris en vélo), avec le costume qui ne le quitte pas.

 

 

Le travestissement et les déguisements divers viennent compléter la panoplie de ce grand loufoque capable de passer de la plus grande joie au désespoir le plus touchant. La cause sera une ambivalente Anouk Aimée tourneboulée par l’énergie de son trublion de prétendant mais qui ne se départira jamais complètement de sa distance de grande bourgeoise. L’enjeu diffère pourtant grandement ici des Jeux de l’Amour où il fallait enfin retrouver l’âge de la raison. Anouk Aimée et la réalité qu’elle représente ne sont finalement qu’égoïsme et hypocrisie restant figée dans les conventions. Ce réel rattrape comme souvent les héros de De Broca pour instaurer une mélancolie surprenante où la frénésie s’estompe progressivement. Mais fort heureusement c’est cette insouciance qui emportera l’adhésion lors d’une conclusion parfaite. Encore plus que dans Les Jeux de l’Amour, le réalisateur crée une sorte d’entre-deux parfait où les innovations formelles et les thèmes personnels se mêlent à une tonalité populaire au-delà des clivages de l’époque notamment ceux amorcés par la Nouvelle Vague. Un équilibre qu’il partagera avec Rappeneau, Louis Malle et quelques autres.

 

Titre original : Le Farceur

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Durée : 88 mn


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