L’Année suivante

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Emmanuelle a 17 ans. A cet âge, on se construit en se révoltant contre l´autorité parentale, on cherche à s´affirmer et à s´émanciper, parfois en silence, parfois à grands coups de disputes. Emmanuelle, fille unique, rend gentiment visite tous les jours à son père, gravement malade. Elle n´a probablement pas d´amis. Mais elle a encore […]

Emmanuelle a 17 ans. A cet âge, on se construit en se révoltant contre l´autorité parentale, on cherche à s´affirmer et à s´émanciper, parfois en silence, parfois à grands coups de disputes. Emmanuelle, fille unique, rend gentiment visite tous les jours à son père, gravement malade. Elle n´a probablement pas d´amis. Mais elle a encore sa mère.

Lorsque son père décède, c´est tout un monde qui s´écroule. Et un nouveau qui apparaît, marqué par l´absence de repères, d´affection et de perspectives. Que fera-t-elle l´année suivante ? Elle n´en sait absolument rien. Sa mère ? Absente et égocentrique. Toutes deux n´ont finalement pas fait le même choix. La mère décidant de continuer de vivre sa vie et ne voulant pas être une bouée de secours et Emmanuelle, quant à elle, refusant cet avenir désenchanté, et se raccrochant désespérément aux souvenirs d´une enfance heureuse où elle se promenait assise sur les épaules de son père ; mémoire sélective, bercée par des illusions consolatrices mais aussi destructrices.
Emmanuelle ne veut plus de cette vie, mais au lieu de prendre les choses en main, de se forger un avenir, elle choisit de sombrer dans la solitude. Repli sur soi qui ne peut déboucher que sur l´incompréhension frontale avec sa mère, cristallisée par la séquence de la dispute, violente et émouvante.

Malgré quelques (rares) tendances mélodramatiques (l´utilisation d´une voix off plombe systématiquement le récit), la réalisatrice, Isabelle Czajka, dont c´est ici le premier long métrage, parvient à cerner ses personnages avec justesse, finesse et tendresse. Le père, si absent, si mystérieux, mais dont la présence se fait régulièrement ressentir, symbolisant ce passé heureux et chaleureux, cette enfance dorée qu´il aura emportée avec lui dans sa tombe. La mère, ambiguë : au début elle apparaît comme détestable, demandant beaucoup mais donnant (trop) peu en retour. Pourtant, son attitude est courageuse, dommage seulement qu´elle n´ait pas voulu ou su inciter sa fille à faire le même choix qu´elle, celui de la vie. Mais même état de solitude en somme.

Et surtout, Emmanuelle (épatante Anaïs Demoustier), dont le sentiment de solitude et de renoncement nous est parfois montré par un éclairant jeu sur le hors champ : un cadrage fixe sur son visage, avec en hors champs des personnages qui s´agitent, et dont les paroles se perdent et se heurtent contre le mur de silence dressé par l´adolescente. Emmanuelle, comme beaucoup de filles de son âge, semble impulsive et bornée. Mais elle vit surtout à fleur de peau, sans identité, prisonnière du passé et incapable de se projeter dans l´avenir. Elle ne sait pas qui elle est, et encore moins ce qu´elle sera. La liaison amoureuse de sa mère est pour elle une trahison, la négation de l´ancien bonheur familial. Quand sa mère se donne à un autre, elle le ressent comme un manque d´amour à son égard. Elle considère l´amant de sa mère tout à la fois comme un concurrent et comme le croque-mort du défunt équilibre de la famille.

Et puis il y a cette merveilleuse façon de poser en contraste les rares moments où Emmanuelle se sent bien. La mise en scène joue sur l´hypertrophie des sensations : l´affection d´un sourire, la chaleur d´un corps, une main qui parcourt ses cheveux, un rire qui résonne comme une chanson.

Alors oui, Emmanuelle se révolte de façon brutale, désespérée, un peu ironique, mais surtout définitivement destructrice. La relation avec sa mère se détériore brusquement. Il y a aussi l´épisode du baby-sitting, où elle se retrouve propulsée dans l´univers harmonieux d´une famille dont elle n´a pas le droit de faire partie ; horrible frustration dont elle se vengera bassement. Le bouillonnement intérieur fait ensuite place au sentiment de résignation. Changer de vie pour devenir à jamais insignifiante et disparaître du regard des autres. Dans son nouveau job, elle n´est plus qu´une voix. L´avant dernière séquence, un plan vu de haut, la montre assise seule sur un banc, dans le centre commercial où elle travaille. La B.O. de Sparklehorse s´amorce, et Emmanuelle disparaît physiquement pour laisser place à une ultime vision enchanteresse de l´enfant aimée et heureuse qu´elle était.

Isabelle Czajka signe donc avec L´Année suivante un film touchant, simple, intimiste et épuré. Un très beau portrait d´une ado qui ressemble finalement à beaucoup d´autres jeunes filles de son âge. Il y a plusieurs façons convaincantes d´évoquer la période trouble de l´adolescence. Celle choisie par la cinéaste nous fait dire qu´un talent nouveau est en train d´émerger.

Titre original : L'Année suivante

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Durée : 91 mn


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