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L’Amour à cheval

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Un film qui scrute les expériences sexuelles d’un oeil coquin et romantique.

L’Amour à cheval se pose en précurseur de ce sous-genre de la comédie italienne qu’est la comédie sexy, qui sera surtout en vogue dans les années 1970 et donnera dans l’ensemble des films certes amusants mais guère mémorables. Les films de Pasquale Festa Campanile constituent donc des exceptions du genre, le parcours intellectuel de celui-ci lui permettant d’allier brillamment quota coquin attendu et vrai propos social vindicatif, comme dans son classique Ma femme est un violon (1971).

L’Amour à cheval constitue donc une de ses premières vraies incursions dans le genre, même s’il avait fait apprécier son goût de la provocation dans des œuvres antécédentes comme Le Sexe des anges (1964), traitant des castrats bien avant Farinelli. Mimi (Catherine Spaak) est une jeune femme plutôt distante et blasée qui peine à s’émouvoir pour quoi que ce soit, même pas l’enterrement de son mari qui ouvre le film et qu’elle suit distraitement. Une drôle de surprise l’attend quant aux mœurs de son mari défunt lorsqu’elle découvrira que ce dernier dissimulait une garçonnière où, accessoires et matériel de pointe à la clé, il assouvissait les fantasmes les plus fous. Trop timorée et engoncée dans son rôle d’épouse, jamais elle ne fut au courant des penchants libertins de son mari. Qu’à cela ne tienne, piquée au vif, elle va à son tour explorer tout le spectre du sexe déviant.

 

Le pitch coquin en diable ne décevra pas mais l’intelligence du propos donnera une portée bien plus grande à l’intrigue. La beauté glaciale et sophistiquée de Catherine Spaak se prête idéalement à ce personnage explorant plus scientifiquement que charnellement les pratiques sexuelles les plus folles et surtout rarement explorée jusque-là dans un film grand public. Le contexte de libération sexuelle fait donc découvrir quelques fantasmes inscrits au quotidien de personnages ordinaires comme la pornographie vidéo domestique (les home movies du défunt assez gratinés bien qu’en partie censurés), le sadomasochisme, l’échangisme… Pasquale Festa Campanile filme ces passages avec une recherche visuelle constante et une esthétique pop exploitant grandement les décors (la garçonnière truffée de gadgets et de miroirs) et tenues classieuse et sexy d’une Catherine Spaak toute en moue boudeuse et regard dédaigneux, électrisante et élégante. Le réalisateur truffe également l’ensemble de séquences oniriques témoignant des rêveries délurées de Mimi avec quelques séquences extravagantes.

Pourtant, toute cette invention formelle et narrative (tout étant méticuleusement raconté par Mimi à travers les ouvrages psychanalytiques qu’elle étudie) émoustille plus qu’elle n’excite réellement, créant l’empathie pour Catherine Spaak. Dans son approche scientifique de la libido, Mimi s’amuse plus qu’elle ne s’abandonne, observatrice plus qu’actrice aux divers jeux sexuels qu’elle expérimente. Chaque écart la voit plus provoquer la situation que l’inverse que ce soit sa drague agressive d’un professeur de tennis qu’elle rejoint sous la douche, un heureux automobiliste alpagué pour une étreinte dans un parking désert et même cet homme d’affaires aux manières rustres dont elle cédera à la brutalité. Le message du film est double, féministe en louant la libération sexuelle de Mimi (et par extension des femmes désormais maîtresses de leur désir) tout en dénonçant une société où les hommes ne sont pas capables d’y répondre. Chaque figure masculine voit ainsi dans notre héroïne un objet de possession et d’assouvissement mais jamais une femme avec des sentiments, fantasme et amour ne pouvant être liés (les épouses apparaissant fades face aux maîtresses plus débridées).

 

Les personnages masculins en prennent pour leur grade, tous plus lâches les uns que les autres, tel l’avocat s’excusant hypocritement, l’automobiliste lui offrant carrément un billet et le professeur de tennis apeuré face à une séduction féminine pressante qu’il ne contrôle pas. Pour réellement apprécier ses « expériences », Mimi doit donc les ressentir plus que les décortiquer et par extension avoir des sentiments pour son partenaire de jeu. Plus que tous les dérapages qui ont précédés, la séquence la plus érotique du film naît d’un simple examen médical où un Jean-Louis Trintignant en médecin timoré travaille bien plus Catherine Spaak que les machos agressifs vus jusque-là, puisqu’elle est en train de tomber amoureuse. Plutôt que l’exécution mécanique des précédents fantasmes, la place est enfin ici laissée à la frustration et à la séduction à travers une Catherine Spaak obligée de jouer d’autre chose que de ses charmes pour attirer l’attention d’un Trintignant génial en intellectuel lunaire. Comble d’audace, Mimi sera la plus gênée des deux lorsqu’elle tentera d’embarrasser Trintignant en lui dévoilant son visage sulfureux lors d’une délirante scène en station-service où elle est à moitié nue face aux pompistes et clients de passage.

Dans son progressisme, le script jette néanmoins un garde-fou pour les partenaires, jamais aussi satisfaits que quand s’ils s’aiment. Sa plus grande aventure, Mimi ne l’a pas encore vécue malgré ses audaces puisque comme le souligne une réplique de Trintignant, l’acte le plus haut en couleur est encore de rencontrer l’amour. Une idée magnifiquement symbolisée par le très enfantin et seul vrai fantasme de Mimi qui donne son titre français (bien meilleur pour le coup) au film dans une dernière scène sensuelle et amusée en diable.

Titre original : La Matriarca

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Durée : 92 mn


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