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La Camarista

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Comme un écho à Roma d’ Alfonso Cuarón, ce nouveau film mexicain creuse encore la condition de la femme de chambre.

Adapté d’une pièce de théâtre

Le cinéma change sans cesse, et nous arrivent du Mexique deux films qui montrent à quel point les mentalités évoluent, sans doute plus qu’en France. Tout d’abord, celui que Netflix a produit et qui a défrayé la chronique, réalisé par Alfonso Cuarón et oscarisé, Roma, qui raconte l’histoire d’une nurse dans une famille bourgeoise des beaux quartiers de Mexico. Il en va de même pour La camarista que Lila Avilès, réalisatrice formée par la dramaturgie, a adapté d’une pièce de théâtre et qui raconte la vie d’une femme de chambre dans un grand hôtel de Mexico. Ce film, magnifique, risque de marquer les esprits parce qu’il est loin d’être anecdotique. C’est au contraire une métaphore de la lutte des classes. L’hôtel avec ses étages enviés ou évités, ses sous-sols, ses lieux de solitude ou de travail obscur et épuisant, représente en quelque sorte le monde avec ses winners et ses losers, pour le dire vite. La scène inaugurale le montre bien puisqu’on y voit l’actrice principale, Gabriela Cartol, interprétant magistralement Eve, en train de faire la chambre d’un homme particulièrement désordonné. On touche ici du doigt certes la difficulté de ce travail ingrat, mais aussi le manque de considération de la part des clients, et des chefs.

 

 

Le grand hôtel comme métaphore

C’est donc le monde du travail en miniature qui est mis en scène ici, avec ses puissants et ses faibles, les premiers s’appuyant sur les seconds pour les exploiter. Cette scène initiale va trouver son miroir dans une autre séquence lorsqu’Eve aura cru trouver une issue à sa condition en aidant une jeune cliente riche et en s’occupant de son bébé. Après lui avoir fait miroiter un emploi, elle quittera l’hôtel sans même lui laisser un mot ou la prévenir. Mais Eve, dont on devine la vie difficile car elle élève seule un enfant qu’on ne verra jamais mais à qui elle téléphone, aidé parfois par sa mère, ne se révolte pas. Son visage impassible pourrait être celui de la soumission, mais il n’en est rien. On se doute que ses sentiments sont en vrac, mais souvent faits de rêverie. C’est pourquoi, elle rêvasse en trouvant des objets laissés par les clients, notamment une robe rouge qu’elle a déposée aux objets trouvés et qu’elle attend impatiemment qu’on la lui remette enfin. Le jour où elle l’a, elle la maltraitera se sentant humiliée à juste titre par une collègue qui lui a soufflé le poste dans les étages qu’elle briguait.

Le goéland de la liberté

Mais Eve se bat, évolue, suit des cours, veut échapper à sa condition, mais la chape de plomb de la société est lourde et laisse peu de marge de manœuvre. Elle l’apprend chaque jour un peu plus à ses dépens, mais ne lâche rien, sans violence ni désespoir. Elle trouve un refuge vers le milieu du film dans le livre que lui a offert son professeur, Jonathan Livingston le goéland. Ce livre représente à lui seul la passation du savoir, l’envol par le rêve et le don qui en lui est déjà un tout. « Ce livre contient beaucoup de métaphores selon moi, confie la réalisatrice dans le dossier de presse du film. J’admire le cinéaste Werner Herzog qui voue, par exemple, une passion aux mouettes. Une idée d’optimisme est lié à ce choix. Mais je préfère laisser chacun libre de ses interprétations. » C’est en effet toute la force de ce film qui n’impose ni solution, ni dogme. Chaque spectateur saura y trouver et sa propre vie, et ses propres rêves, mais aussi ses propres échecs. C’est en fonction de ce choix scénaristique que Lila Avilés propose une fin ouverte à son film.

Réalisateur :

Acteurs : ,

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Durée : 102 mn


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