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Jarhead, la fin de l’innocence

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Sam Mendes signe avec Jarhead un brillant retour. Il faut dire qu’avec American Beauty, ce petit génie frappait un grand coup dans le paysage cinématographique américain, laissant présager une carrière exceptionnelle. Malheureusement, en dépit de ses qualités, Les Sentiers de la perdition, son film suivant, divisa nettement plus la critique et le public. C’est donc […]

Sam Mendes signe avec Jarhead un brillant retour. Il faut dire qu’avec American Beauty, ce petit génie frappait un grand coup dans le paysage cinématographique américain, laissant présager une carrière exceptionnelle. Malheureusement, en dépit de ses qualités, Les Sentiers de la perdition, son film suivant, divisa nettement plus la critique et le public. C’est donc avec une certaine appréhension que l’on pouvait attendre son nouveau film, qui plus est traite de la première guerre du Golfe alors que même que Bush Jr. envoie encore et toujours les fils de la patrie se faire massacrer en Irak…
Pas fou pour un sou, Mendes sait qu’il joue gros avec ce film, qu’il détient un scénario en or et qu’il ne tient qu’à lui d’en faire un chef-d’œuvre. Problème de taille : comment faire un film de guerre qui ressorte vraiment du lot ? En acceptant les influences sans pour autant délaisser son propre style bien sûr. Sous formes d’hommages indirects, Mendes salue Apocalypse Now, Voyage au bout de l’enfer, Full Metal Jacket,… Des films de guerre peu spectaculaires, jouant surtout sur l’aspect psychologique des personnages et l’impact du Vietnam sur leur vie. Jarhead s’inscrit donc dans la même lignée, où l’action est plutôt rare, et où il s’agit plutôt d’un portrait au vitriol d’une guerre inutile, rapide au cours de laquelle les acteurs n’ont qu’une option : donner le meilleur d’eux-mêmes.

Après une intro digne de maître Kubrick, Mendes plonge rapidement son héros dans l’enfer de la préparation militaire, dans un monde qui pue la fierté masculine mais qui met aussi en avant toutes les tares de ces « têtes de bocaux » machos jusqu’au bout. Et c’est quand on craint de tomber dans le produit calibré « nationaliste sensé attirer les jeunes à s’inscrire dans les Marines » que Mendes prouve qu’il a du talent, du génie même à contourner les facilités narratives et les faiblesses scénaristiques. En effet, ici pas de fusillade, de massacre sanglant à la Platoon ; tout comme Swofford, on attend. On attend que quelque chose arrive, on attend que tout commence à exploser pour foncer dans le tas… et on finit par attendre calmement la fin de tout ça. A la différence près que nous, on adore ça.

Mendes ne prend donc pas le pari de révolutionner le genre ; il veut simplement faire un film unique sur une guerre qu’il ne l’était pas moins. Sans insister sur l’aspect communicationnel raté de la guerre du Golfe, Mendes démontre minute par minute la fugacité du conflit, l’ignorance qu’en avait le monde entier à l’époque et notamment les Marines envoyés. A la manière d’un American Beauty, Jarhead conte une histoire banale, celle d’une tête brûlée façonnée par un patriarcat militaire qui se rend compte qu’être un pro de la gâchette est une chose, être une machine de guerre en est une autre. En privilégiant les doutes, les angoisses du héros, Mendes offre un visage humain et surtout universel à Swofford, permettant une identification du spectateur… par moments. Car la petite touche particulière, c’est de troubler le spectateur au point de ne plus savoir si l’on doit pleurer avec lui sous la douche avec en musique de fond Something in the way de Nirvana, imaginer la bonne partie de rigolade sous Don’t worry be happy ou le haïr quand il pète un plomb avec le petit bleu qui a fait le tour de garde à sa place…

Il convient en outre de saluer les interprétations du trio vedette (Jake Gyllenhaal – Peter Sarsgaard – Jamie Foxx) réellement saisissant, chacun explosant tour à tour d’intensité (le monologue de Foxx sur son amour de l’armée, la frustration de Sarsgaard de ne pouvoir tuer un seul soldat irakien…) où Gyllenhaal, monument d’émotion à lui seul, parvient difficilement à les éclipser malgré sa prestation exemplaire. De la nouvelle génération d’acteur, il s’agit certainement d’un des chefs de file.
On saluera enfin un montage irréprochable et une B.O. pour le moins originale, calibrée pour le film tant elle offre une palette d’émotions différentes.

Sans renier ses inspirations diverses, Jarhead trouve son propre chemin dans le film de guerre, et s’il ne parvient pas à retrouver la classe intégrale d’American Beauty, il peut se vanter de retrouver les grands éléments : des interprétations très justes, un scénario impeccable et un Mendes en grande forme, finalement à l’aise dans tos les genres de films ; un nouveau Kubrick serait-il en train de naître sous nos yeux ?

Titre original : Jarhead

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Genre :

Durée : 123 mn


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