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Iron man 2

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Forcément, puisque c’est la suite d’un succès aussi énorme que planétaire, Favreau, Downey Jr et leur « dream team » ont joué la carte de la surenchère. Dommage, leur nouveau blockbuster s’épuise dans la caricature.

Toujours se fier au bon sens populaire, surtout lorsque l’on s’emploie à gagner sa vie en réalisant des blockbusters. Ça peut aider pour calibrer des suites performantes. Ainsi ce sympathique Jon Favreau, ex-acteur-panouilleur de séries télé américaines (Friends, Chicago Hope, Earl), désormais maître d’œuvre de la saga Iron Man sur grand écran. Avec les 572 millions de dollars engrangés par le premier volet, on peut penser qu’une très légère pression accompagne désormais ses envies de cinéma. Enfin… de méga-productions vrombissantes et sévèrement burnées.

Que n’a-t-il, pourtant, le nouveau golden boy d’Hollywood, respecté le vieil adage qui proclame depuis la nuit des temps que "Le mieux est souvent l’ennemi du bien" ? Il aurait su alors que plus de bruit, plus d’action, plus de frime, plus de machines, ne donneront pas nécessairement plus d’épaisseur à son intrigue en forme de "sequel". Surtout, l’atout-maître d’Iron Man (le film) étant la coïncidence formidable entre le narcissisme délirant du personnage et l’ego extravagant du comédien qui l’incarne (Robert Downey Jr, est-il besoin de le préciser ?), il aurait du comprendre qu’une telle surenchère – visuelle, sonore, décorative – n’était pas nécessaire. C’est, de fait, le doute qui hantera tout spectateur non-geek et non cardiaque, si tant est qu’il parvienne à s’extraire des 2h20 de cet Iron Man 2, show arythmique, stroboscopique, voire frénétique, estourbi de toute façon par les riffs suraigus du groupe ACDC.

Il est vrai qu’à la base le super héros fétiche des Marvel comics a assez peu à voir avec le monde d’hier – et sa sagesse supposée – quand bien même, ici, une brunette espionne et néanmoins alliée peut, à l’occasion, tancer un ennemi en latin (ça fait chic) ! Cela dit, c’est aussi pour ça qu’on l’aime, ce Tony Stark immodeste, inventeur milliardaire en mal d’amour paternel, qui, plutôt que de conclure avec sa secrétaire glamour et maternante, s’envoie en l’air à la verticale, tout seul avec sa grosse armure en fer, tandis que la presse, le gouvernement et ses concurrents lui courent après, tentant de lui faire lâcher… son secret. On l’aime pour cette post-modernité d’adulte pas fini, d’adolescent au long cours, de rejeton freudien forcément solitaire et addictif (il passe son temps à téter le biberon d’une boisson disons… énergisante). Et c’est la raison pour laquelle Iron Man, premier du nom, qui explorait la genèse de ce garçon hystérique, était si convaincant et drôle, dans son artisanat de débutant, dans sa (presque) timidité de garnement joueur et retors.

Où sont les femmes ?

Tome 2 : forte du succès mondial du premier, l’équipe lâche, littéralement, la purée. D’abord Tony avoue que oui, c’est bien lui l’homme de fer, "coming out" à peu près aussi clinquant qu’un spectacle d’Hollyday on ice dédicacé à nos amis routiers. Ensuite, en digne ressortissant de la jet set internationale, il s’en va conduire un bolide sur le circuit du Grand prix de Monaco – visez la métaphore sexuelle, tunnels à l’appui – avant d’être égratigné par son nouvel ennemi, un physicien russe à fouets (sic…), génialement interprété par un Mickey Rourke subtilement ironique (il a gardé ses mèches sales de The Wrestler, auxquelles il a adjoint un sourire métallique tout en couronnes dorées). Voilà,  voilà… Et pour pas que l’on s’ennuie (!), les scénaristes ont cru bon de diversifier les silhouettes d’Iron Man, via l’armure de guerre de son ami Rhodey. Histoire de refléter les personnalités distinctes de cet homme déchiré, sans doute. Il est vrai que sa visière opaque lui laisse peu de chances d’affirmer son profil psychologique…

Ce n’est pas tant que l’inconsistance du scénario soit navrante (il y a aussi le ressort romantique, avec le petit cœur de Tony qui bat de moins en moins bien, bouffé par sa pile vénéneuse, ha, ha…). Après tout, Iron Man 2 respecte le cahier des charges de tout blockbuster issu d’une BD. Les fans et les familiers jouiront donc probablement sans relâche de cette giclée d’hormones mâles ("où sont les femmes ?", s’interrogera, en revanche, l’autre moitié de l’humanité). Non, ce qui embête, taquine, et déçoit le plus, c’est que de la surenchère à la caricature, il n’y a qu’un pas. Un pas que franchit, hélas, le pourtant très précieux Robert Downey Jr : cette fois, il est tellement narcissisé et peu dirigé qu’il contamine l’ensemble des bons comédiens qui l’entourent. Joutes verbales sèches et heurtées, donc épuisantes ; humour aussi peu cinglant que cinglé : c’est comment qu’on freine, Bob ? Peut-être en choisissant l’option désintox’, à savoir ne pas tourner Iron Man 3. A priori, il y a pris goût, et le public aussi : autant dire que c’est mal barré.

Titre original : Iron Man 2

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Durée : 118 mn


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