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Intraçable (Untraceable)

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Discours aseptisé et désuet sur le manichéisme aux États-Unis. Vain et naïf.

Après le choc du 11 septembre 2001, il semblait que l’Amérique avait changé de visage. La Land of Milk and Honey n’était plus infaillible et les cinéastes ont réveillé l’ère des films dit politiques. Les héros descendent de leur piédestal et refusent le discours simpliste et manichéen habituel. La croyance irréductible et aveugle à la puissance et à l’autorité américaine en ont pris un coup. Même dans les interstices d’une comédie populaire, la question du traumatisme post-11 sept et la remise en cause d’une invincibilité hantent le ciné américain. Alors, Intraçable est-il un bug ? Comment est-il possible de réaliser un film naïf, dénué de toute conscience ?

Il n’y a guère que la menace qui change et son moyen de prolifération. Voulant actualiser son propos, le réalisateur profite de la "youtubisation" pour inscrire les crimes sur Internet. Au delà de cette idée convaincante, objet des pires psychoses, le schéma est digne des polars de la fin des années 90. Jennifer Marsh est le stéréotype de la femme flic. Veuve, elle vit chez sa mère car elle ne peut s’occuper de son enfant. Travaillant la nuit au FBI, à la section Cybercrime de Portland, elle est parvenue à s’imposer dans un monde d’homme. Cachant sa tristesse sous une pointe d’humour et de gentillesse, c’est elle qui mène la bande. Croyant avoir tout vu, elle découvre qu’un prédateur d’un style inédit commence à diffuser sur Internet des images de tortures infligées à des victimes. Plus de connexions il y aura, plus vite la victime moura. Commence alors la traque de ce hacker d’un genre nouveau qui, par ailleurs, s’immisce dans le vie privée de Jennifer Marsh.

Le décor et le schéma manichéen sont plantés. Le Mal a le visage d’un adolescent, orphelin depuis peu, et le Bien celui de la plus grande institution de protection des Etats-Unis, le FBI . L’absence de propos, non pas politiques, mais un brin responsable est effarant. La seule comparaison avec le contexte de paranoïa peut être que le « Mal » provient de l’intérieur et qu’il contamine la population par le biais d’une nouvelle technologie. Cela tranche avec le discours ses années 90, où le mal etait symbolisé par un peuple étranger ( les aliens par exemple) et qui permettait de croire en en vision humaniste de la patrie. Cependant , l’image d’Internet n’est pas suffisamment exploitée pour en faire le symbole de l’adversité interne que combattent les amérciains. Cachée sous cette pseudo-modernité, l’actualisation du propos est vaine et le film se catonne dans un esprit réactionnnaire.

Certes, il faut regarder Intraçable comme un pur divertissement. Cependant, cette démarche n’empêche finalement pas la déception.
L’intrigue reste gadget, à l’instar des dialogues, aussi plats ,et de l’abondance de la musique comme substitution des sentiments. Point d’explication sur les tenants et les aboutissants des crimes. Le sac de nœuds est dénoué en 10 minutes chrono, comme par magie. Le seul intérêt pour le FBI ne sont pas les causes mais bien l’anéantissement du Mal, la victoire totale. Pour cela, la fin est ainsi une digne d’une image d’Epinal : Jennifer Marsh, prisonnière, parvient à tuer le coupable et dresse son insigne du FBI plein cadre, devant la caméra vidéo.

A l’inverse d’une tranche du cinéma américain conscient de la géopolitique et de l’état du monde, simplement désireux de réveiller les consciences, Intraçable délivre un cinéma naïf et réactionnaire. Gregory Hoblit ne parvient pas à actualiser un schéma manichéen, fort obsolète de nos jours.

Titre original : Untraceable

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Genre :

Durée : 100 mn


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