Il a suffi que maman s’en aille

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Contes familiaux et paysages ruraux, voilà une signature certifiée René Féret ! Après des films tels que Les frères Gravet, ou encore plus récemment L´enfant du pays, Il a suffi que maman s´en aille s´annonce comme le descendant direct de la carrière du réalisateur. >, commente-il. Car c´est avec toute la sobriété et l´authenticité qu´on […]

Contes familiaux et paysages ruraux, voilà une signature certifiée René Féret ! Après des films tels que Les frères Gravet, ou encore plus récemment L´enfant du pays, Il a suffi que maman s´en aille s´annonce comme le descendant direct de la carrière du réalisateur. << Ici, c´est plutôt les relations entre mes filles et moi qui m´intéressaient >>, commente-il. Car c´est avec toute la sobriété et l´authenticité qu´on lui connaît que René Féret a choisi de mettre en scène une histoire d´amour entre un père et sa fille.

Il a suffi que maman s´en aille… pour qu´une relation nouvelle éclose entre un père et sa fille. Le scénario est simple, sans artifice, et traité sans sombrer dans le pathos. Olivier (inégalable Jean-François Stévenin), un (presque) sexagénaire, se retrouve seul avec sa fille de dix ans après que sa femme l´ait quitté. Homme hyperactif, un brin bourru, qui n´a jamais vraiment eu le temps de prendre le temps, se lance dans un combat inespéré. Il choisit de garder avec lui sa petite fille qu´il connaît (finalement) à peine. Si ce n´est pas le scénario lui-même mais la force du lien décrit qui est autobiographique pour René Féret, qui << se voyait mal traité le sujet directement >>, l´attribution du rôle de l´enfant à sa propre fille, Marie Féret, n´est pas anodine. C´est elle qui a inspiré le personnage au réalisateur. Personnage qu´elle anime d´une sincérité émouvante.

Si la simplicité du thème se traduit volontiers par la justesse de l´interprétation des acteurs, la réalisation n´est pas en reste. René Féret a opté pour un tournage avec deux caméras : << L'objectif était d'accompagner les acteurs et de ne rien perdre [...] J'apprécie vraiment les deux caméras car ça permet une grande liberté au montage et l'équipe de tournage fait corps avec les acteurs. >>, explique-t-il. Les séquences tournées en intérieur révèlent particulièrement l´intimité de l´histoire. L´ambiance feutrée des éclairages, le décor sobre d´une bâtisse campagnarde invite le spectateur à se lover dans un quotidien aux saveurs familières. Quant aux plans extérieurs, les incontournables paysages champêtres chers au réalisateur, ils confèrent à l´oeuvre cette sensation infinie de liberté, conjuguée à celle d´une solitude inavouée.

L´oeuvre de René Féret est avant tout l´histoire d´un couple. Olivier, homme blessé qui ne s´était jusqu´alors investi émotionnellement qu´avec des femmes (ces deux ex) découvre le lien paternel. Mais comment conquérir Léa ? La volonté de << gagner sa fille >> à tout prix envahit ce << gros ours >> maladroit qui n´est qu´à quelques pas de la solitude et de la vieillesse. Coups de gueule et échanges tendres ponctuent la vie nouvelle de ces deux personnages charismatiques. Si les femmes sont quasi absentes de la pellicule, l´oeuvre n´en est pas pour autant misogyne. Bien au contraire. Le rôle de Stévenin semble confirmer à quel point il est compliqué de mener de front vie de famille et vie professionnelle. Quant aux quelques femmes (ex femmes, filles, amantes) qui gravitent autour de ce couple improbable, la pierre ne leur est pas lâchement jetée. Elles représentent plutôt la souffrance provoquée par cette incompréhension hommes-femmes. Et c´est finalement sur les flots (un peu clichés) d´une escapade vénitienne qu´Olivier se réconcilie avec l´autre sexe. Comme promis, leur amour triomphe. Et ils vécurent heureux… en n´oubliant jamais que << Les gens ne sont pas toujours comme on croit qu´ils sont >>…surtout les plus proches !

Scénario simple et fin heureuse… Attendu et facile ? Pas tout à fait. Car l´effacement du scénario est nécessaire pour la << découpe >> réaliste de cette tranche de vie. Et si la fin de l´oeuvre est discutable de part la vision << Happy end >> qu´elle procure au film, on peut tout autant rétorquer que l´inverse aurait été trop attendu ! Le réalisateur a d´ailleurs tellement hésité sur la séquence finale (jusque lors du tournage), que celle-ci a été résolu au dernier moment : << Ça c'est un bonheur de pouvoir faire des retakes, après avoir compris ce qu'il ne faut pas faire. C'est un vrai luxe auquel on accède soit en étant très riche, (comme Woody Allen) soit dans le luxe de la pauvreté, comme nous l'étions. >> Le résultat final est plus que satisfaisant. L´oeuvre est saisissante parce qu´elle parle au spectateur comme une voix intérieure et terriblement profonde.

Il a suffi que maman s´en aille est un nouveau film de famille (familles Féret et Stévenin) sur la famille. Sa concision et son authenticité rendent le thème familier et universel. << On devient adulte quand on a pardonné à ses parents >>, disait Freud. Féret lui, propose : << On devient adulte quand on a appris a aimé ses enfants >>.

Titre original : Il a suffi que maman s'en aille

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Durée : 92 mn


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