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Hunger Games, L’embrasement

Article écrit par

Jennifer Lawrence, star de l’arène.

Twilight c’était quatre tomes, cinq films, une accusation de plagiat, des milliards de dollars engrangés autour de la planète, la naissance de Kristen Stewart aux yeux des haters et des loups garous numériques à se tordre de rire. Difficile de ne pas comparer les deux franchises américaines, une fois qu’Hunger Games a pris le relais comme saga phare de l’univers teenage. En France, si la fantasy de Suzanne Collins semble moins soumise à la frénésie que son prédécesseur, le premier volet d’Hunger Games avait débuté en 2012 sa carrière américaine à 155 millions de dollars de recettes pour un premier week-end d’exploitation, dépassant le meilleur score des Twilight. Ce second épisode a battu son propre record vendredi dernier, enregistrant 161,1 millions au compteur.

Ce qui différencie HG de la romance de Bella chez les morts-vivants est un ancrage dans le survival, film d’action musclé et dynamique où, sous couvert de réactualisation des jeux d’arènes et de l’évidente inspiration de Battle Royale (roman de Kōshun Takami, 1999, et film de Kinji Fukasaku, 2000), on enseigne la résistance, le courage et l’entraide face à la cruauté des adultes. Les deux récits se répondent quand même sur un point : leurs personnages féminins principaux sont pleins de contradictions et d’atermoiements sentimentaux difficiles à suivre. Comme Bella, Katniss (Jennifer Lawrence) n’est nullement intéressée par les stratégies de la révolution, les complots et les jeux de représentations auxquels on veut la contraindre. Elle laisse ça aux personnages secondaires (heureusement efficaces) qui eux seuls prennent en charge l’aspect « valeurs sociales » du film. Sa seule ambition est la survie : sauver ceux qu’elle aime, particulièrement deux prétendants. Comme dans Twilight, le bon vieux trio amoureux fait office de dilemme, même si Katniss semble moins tiraillée qu’encline à la versatilité, aimant une fois l’un, parfois les deux.

 

On retrouve dans cette incapacité à jouer le jeu, à dissimuler l’ensemble du programme amoureux qui est le sien, les traits agités et indécis de l’adolescence. Bella et Katniss se moquent de l’ordre social, ne souhaitent résoudre aucun conflit autre que les agitations de leur sentiments, qui s’expriment violemment dans quelques scènes, derrière deux visages habituellement mutiques, fermés. Alors que les responsables des jeux exigent de Katniss et Peeta une parade triomphante de leur amour (fictif ? réel ?), la jeune fille se rend malade, incapable de remplir sa mission à bien. Léger coup de pied donné au show-biz et à Hollywood, où les acteurs, nouveaux héros modernes pour une bonne partie des fans, se doivent de tenir le rang et de bien présenter, la première heure du film s’emploie à montrer combien la représentation d’un état amoureux peut contenir la révolte, assagir un public en le rassasiant de spectacle.

Etonnant comme ce travers du personnage résonne avec l’actuelle aura de la nouvelle J-Law . La plus jeune actrice américaine oscarisée à ce jour possède ce naturel déconcertant, assaillant les tonnes d’interviews et de promotions d’un humour déconcertant, ne semblant pas connaître l’existence de la langue de bois ou de la pudeur. Depuis un an, les fans suivent les nombreuses sorties de Jennifer, qui passeraient presque pour de la rébellion, tant le formatage poli est habituellement de rigueur: Jennifer se casse la figure aux oscars, fait une blague cinq secondes après, Jennifer rencontre Jack Nicholson, Jennifer discute avec Larry King de ses problèmes de transit, Jennifer réconforte une enfant sur un tapis rouge, Jennifer se marre avec Jon Stewart. Comme Kristen Stewart, dont les frasques amoureuses avaient nourri les tabloïds, résonnant rétrospectivement avec son personnage plutôt inamical dans les films, Jennifer perpétue hors fiction son aura de fille sincère, gage d’authenticité ultime face aux projecteurs.

 

La direction artistique joue toujours la carte du kitsch de certains apparats (les flammes sur « The girl on fire !!! ») face à la dureté des conditions de vie des habitants dans les districts. Le luxe côtoie la pauvreté, le faux se substitut au vrai, le jeu devient réalité. Ces quelques valeurs font une tambouille idéologique plutôt maline, face à la pruderie sentimentale de son prédécesseur vampiresque.

Pour ce qui est du spectacle lui-même, ce second film fonctionne en régime minimum. Scindé en deux parties assez longuettes, il sacrifie au suspense pour un petit précis de la révolution en marche, prise en charge par les héros qui déblatèrent beaucoup. Les scènes d’actions étaient clairement plus consistantes chez Gary Ross (Pleasantville, Seabiscuit) et Francis Lawrence ne se gêne à aucun moment pour les plagier ; plusieurs plans et scènes sont identiques à celles du premier volet. Le tirage au sort, la phase d’entrainement, le face à face avec le designer avant la bataille, l’arrivée dans le jeu, tout est doublé, réactualisé comme pour mieux imprégner les rétines et l’imaginaire. Mais dans chaque plan, ce rappel de la condition ambigüe de Katniss : elle est la guerrière individualiste forcée de faire le show pour les masses. Bel aveu.

Titre original : The Hunger Games - Catching Fire

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Durée : 146 mn


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