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Free Fall

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Romance contrariée entre deux flics allemands. Crédible et sans trop de bons sentiments.

Que Stephan Lacant déclare, en dossier de presse, que Brokeback Mountain (2006) n’a été une source d’inspiration que “de manière inconsciente” et “subliminale” n’empêche pas de penser d’emblée au très beau film d’Ang Lee. Même triangle amoureux, mêmes amours contrariées, mêmes sentiments réprimés et même mélancolie ambiante, Free Fall évoque un type de cinéma similaire, où le poids du sujet veille à ne pas écraser une certaine idée de la mise en scène et de la mise en situations. Cowboys d’un côté, policiers de l’autre : les deux films, s’ils ne sont pas contemporains dans l’époque qu’ils décrivent, s’inscrivent dans un milieu très délimité, étriqué, où l’homophobie est présente. Dans les deux cas, l’un des héros subit un tabassage en règle et, dans les deux cas, la peinture du milieu présenté est crédible – Free Fall connaît parmi ses meilleurs moments dans les scènes de commissariat et de stages internes, dans ces instants de camaraderie virile où la haine du “pédé” est quasiment endémique.

L’homophobie au sein de la police a été le point de départ du scénario, co-écrit par Lacant avec Karsten Dahlem, qui a lui-même un temps travaillé comme CRS. On y suit Marc, belle carrière de flic, nouvelle maison offerte par les parents, et bébé en route ; et Kay, nouveau venu dans son unité, beau blond à l’homosexualité assumée. De séances de jogging en sorties nocturnes, les deux deviennent amis, puis amants, une première pour Marc, qui n’est “pas pédé”. Le jeune homme va mal, essaye de concilier ses deux vies, ne le vit pas très bien. Sa femme commence à soupçonner quelque chose, Kay devient plus insistant, Marc est en “chute libre”. Free Fall enregistre cette évolution, une période brève mais déterminante où les repères sont chahutés, sans génie mais avec une belle économie de moyens et sans pathos : plus qu’une histoire d’amour entre hommes, le film s’intéresse à une situation impossible dans laquelle, des trois personnes concernées, personne ne trouve son compte.

 

Deux ou trois séquences sont assez convenues, voire gênantes (la femme de Marc le plaquant contre le carrelage de la douche, “montre-moi comment faire” ; sa mère découvrant l’idylle, “ce n’est pas comme ça qu’on t’a élevé”), mais Stephan Lacant se tire plutôt bien d’une histoire désormais rabattue en la traitant à froid. Plans sobres, lumière souvent naturelle et scènes de sexe très réalistes constituent la majeure partie de son film, par ailleurs servi par des acteurs très bons, qui rendent leurs personnages aussi crédibles qu’attachants. Free Fall ne va pas sans une certaine forme d’austérité qui lui sied tout à fait, préférant les frictions au romantisme, les silences pesants aux dialogues pas toujours bien écrits. On est loin de la délicatesse d’un Keep The Lights On (Ira Sachs, 2012), mais le film rappelle parfois, quand il ose la vraie rudesse, le meilleur d’un jeune cinéma allemand dont Everyone Else (Maren Ade, 2010) est le plus noble représentant. Sa chute, sans angélisme, dresse le constat cruel d’une boucle inévitable où, si tout a chaviré, rien n’a changé.

 

Titre original : Free Fall

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Durée : 100 mn


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