Fish Tank

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Deuxième réalisation d’Andréa Arnold en compétition à Cannes (et deuxième prix du Jury), Fish Tank, malgré son apparente filiation au genre du film social, se révèle porté par un souffle romanesque poignant.

Fish Tank est le deuxième long-métrage d’Andréa Arnold en compétition à Cannes et le deuxième à recevoir le Prix du Jury – présidé cette année par Isabelle Huppert. Malgré un marquage social fort – une banlieue anglaise, ancienne région industrielle désertée et sertie de barres d’immeubles –, c’est à une chronique adolescente que nous avons affaire : la découverte des affres du désir par Mia (Katie Jarvis), lorsqu’entre dans sa vie le nouvel amant de sa mère. La jeune héroïne, présentée comme une asociale par un entourage qui attend la moindre occasion pour pouvoir l’envoyer dans un établissement spécialisé, est juste une jeune fille en colère contre une mère qui ne l’aime pas, un environnement qui ne lui offre aucune perspective. Cette routine laide, elle ne parvient à la tolérer que grâce à des répétitions solitaires de hip-hop.

L’environnement défavorisé n’est pas ici déterminant, c’est un cadre comme un autre, un « aquarium » où s’inscrit la chronique hypersensible des remous de l’adolescence, de la découverte du désir jusqu’à la douleur de la trahison. On pense parfois à Sweet Sixteen de Ken Loach, tant le regard de la réalisatrice sur son personnage est plein de tendresse, d’empathie, captant par d’intenses ralentis les instants fugaces où, sous la capuche de Mia, son air buté et son mutisme, se faufilent la joie, le frisson d’un contact et la montée du désir.

Malgré une mise en scène sèche (caméra à l’épaule accrochée au dos de l’héroïne), une tension de chaque scène et une conscience aiguë de l’environnement urbain, la réalisatrice s’emploie surtout à faire parler les corps de personnages s’exprimant bien plus par leur énergie qu’à travers les mots (souvent des cris et des insultes).

La grâce de ce second film tient à la beauté de ces moments, comme volés par la caméra : la douceur d’une balade en voiture rythmée par la superbe reprise de California Dreamin’ de Bobby Womack ou une déchirante scène de danse en guise d’au revoir. Et malgré quelques situations déjà vues et un certain manque de rythme, Fish Tank est une œuvre incisive, portée par des acteurs magnifiques (Michael Fassbender, désormais acteur indispensable) où l’histoire d’une transgression en milieu hostile est en fait le récit d’un premier amour, cruel et pourtant lumineux.

Titre original : Fish Tank

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Durée : 122 mn


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