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Fête de famille

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Mise en scène théâtrale de l’hystérie familiale par un Cédric Kahn inattendu.

Les préparatifs d’une fête annoncée

Après tous les grands films réalisés par Cédric Kahn, notamment La prière, Roberto Succo, Lennui et Bar des rails entre autres, on est un peu désemparé devant cet énième film de famille, qui lorgne un peu du côté de Festen de Thomas Vinterberg en 1998, par exemple. Autrement dit, une réunion de famille pour fêter l’anniversaire de la grand-mère vire vite au règlement de compte, même s’il nous fait grâce de la révélation d’un inceste ou d’un crime non élucidé. Ici, simplement des scènes d’hystérie dues au retour de la demi-soeur aînée dans ce groupe de famille, réuni autour de la mère et de son deuxième époux. Pourtant, tout est fait pour que la fête soit réussie et les scènes introductives sont particulièrement réussies, utilisant parfaitement la maison et son jardin, comme décor idéal et presque acteur principal, et une belle brochette d’acteurs autour de la mère incarnée par une remarquable Catherine Deneuve, mais aussi Alain Artur, Vincent Macaigne, et Cédric Kahn lui-même dans le rôle du fils aîné. L’arrivée de sa voiture dans le parc avec les deux enfants qui ouvrent le portail est magnifique, ainsi que les préparatifs dans le jardin, vite gâchés par une violente pluie qui sert de prolepse au drame qui couve.

 

 

L’orage comme prolepse d’un drame

En effet, l’apparente tranquillité n’est que la face cachée de l’iceberg. On sent déjà ça et là des tensions qui sont prêtes à exploser entre les deux frères : l’un marié et bien installé dans la vie, avec ses deux enfants et une femme médecin généraliste, et l’autre qui se prend pour un réalisateur séducteur, et qui se pointe avec sa nouvelle amoureuse et une caméra pour filmer la fête de famille. Les hôtes de cette belle fête s’activent pour préparer un bon repas, et ils sont accompagnés d’une jeune fille et de son amoureux, assez énigmatiques, dont on apprendra plus tard qui ils sont. Luana Bajrami est très convaincante dans ce rôle puisqu’elle parvient à jouer la tempête qui bout dans son crâne. Le point d’acmé du film est introduit par cette pluie diluvienne qui accompagne l’arrivée de la fille aînée qui va chambouler le bel ordonnancement de cette fête par des scènes d’hystérie qui reposent presque entièrement sur le talent indéniable d’actrice d’Emmanuelle Bercot qui retrouve ici Catherine Deneuve, après le magnifique film qu’elle avait réalisé, en 2013, Elle sen va.

 

 

Des références cinématographiques maîtrisées

Même si l’ambiance festive et bucolique se retrouve dans nombre de films, comme Une partie de campagne de Jean Renoir, Un dimanche à la campagne de Bertrand Tavernier, ou encore la dernière apparition de Giulietta Masina dans Aujourdhui peut-être de Jean-Louis Bertucelli en 1991, le ton du film de Cédric Kahn parvient à créer une atmosphère bien particulière qui joue à la fois sur les apparences, la tragédie familiale, mais aussi le film de famille avec ses codes qu’il s’amuse à démonter notamment par la présence de la caméra qui instaure une dualité entre le réel, le documentaire et la fiction, si bien que le spectateur peut se laisser embarquer dans un monde dont il ne maîtrise par vraiment toutes les clés, avec une fin surprenante qui tente de faire la lumière sur la folie ordinaire d’une femme tiraillée entre sa vie, ses illusions et les drames plus ou moins graves que lui a fait connaître sa famille dans cette sorte de théâtralité revendiquée par le réalisateur dans son unité de lieu et de temps.

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Durée : 111 mn


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