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Festival Les Enfants font leur cinéma (du 6 au 22 mai)

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Le festival « Les Enfants font leur cinéma » a terminé sa première semaine par un ciné-concert Méliès, à l’occasion du 150ème anniversaire de la naissance du réalisateur. Magique !

Il était une fois le cinéma vous convie au coeur même du festival car… en tant qu’enseignante, j’y ai inscrit ma classe ! « Maîtresse, est-ce que je pourrai mettre ma cravate ? »  « Est-ce qu’on va être filmés ? » Voilà, depuis deux semaines, les interrogations de mes élèves. Des questions envahissent également mon esprit, juste avant notre séance : « L’expo sur Méliès, réalisée par les enfants, sera-t-elle finie ?  Les accessoires pour le spectacle sont-ils prêts ? Et si les enfants rataient leur discours de présentation ? Et si, malgré nos répétitions, ça cafouillait ? » Comme les enfants, je sens l’appréhension et l’effervescence grimper comme une flèche, ces derniers temps. Puis arrive le jour J. Au programme, un ciné-concert au Trianon de Romainville (93), avec les descendants de Georges Méliès, chargés de la musique et du boniment. Dimanche, une petite marée d’élèves, habillés en noir et blanc et parés d’un collier avec pendentif géant (représantant une lune, un soleil, une étoile ou une clé de sol) prend possession du cinéma pour accueillir le public. Les visages affichent un sourire et un sentiment de fierté habite très certainement les âmes de ces cinéphiles en herbe.
 

Chaque enfant occupe un rôle précis, dans le cinéma. Du haut de ses sept ans, Emile assiste le projectionniste. Aya distribue les programmes alors que Célya, Vitomir et leurs camarades s’apprêtent à gravir les marches, pour accéder à la scène et présenter un mini-spectacle, pas moins grandiose. Une ribambelle d’élèves apparaît, les uns traçant d’abord les lettres du nom du cinéaste sur un support invisible, les autres dressant derrière eux ces mêmes « M-E-L-I-E-S », inscrits à l’encre noire, sur le fond blanc d’une pancarte. Les lettres s’affichent au fur et à mesure puis disparaissent, comme dans une ola bien orchestrée, pour nous plonger dans une autre époque. Direction : le cinéma muet (à l’heure où d’ailleurs, à Cannes, les festivaliers font également un retour dans le passé. En effet, ce dimanche, est présenté The Artist, avec Jean Dujardin).
 

Les enfants cèdent alors la place à la descendante de Geroges Méliès, Marie-Hélène Lehérissey. Sur la croisette, les cinéphiles jouissent de la bande-son du groupe Air (Le Voyage dans la lune) et nous, à Romainville, nous profitions de la lignée de Méliès (au piano : l’arrière-arrière petit-fils du cinéaste, Lawrence Lehérissey) ! Un discours sur les débuts du réalisateur et du cinéma puis…. Chut, la magie commence ! Pendant une heure se succède une sélection de courts métrages où le burlesque et la poésie se sont donné rendez-vous. Le cinéaste a plus d’un tour dans son sac pour émerveiller un public, ici plutôt habitué aux effets spéciaux de Star Wars, Matrix ou Avatar, bien qu’il y ait également des fans inconditionnels de Méliès dans la salle, à la recherche de films rares (comme L’Impressionniste fin-de-siècle, retrouvé par l’arrière-petite-fille de Méliès, aux puces de Clignancourt et diffusé lors de la séance !).

Dès le premier métrage, le spectateur profite des effets spéciaux de Méliès. Escamotage d’une dame au Théâtre Robert Houdin ouvre le bal des effets spéciaux avec son arrêt de caméra qui nous fait basculer de la vue d’une femme à celle de son squelette. Les collages et les surimpressions des films L’Homme Orchestre et Le Diable noir donnent un coup de jouvence aux adultes qui accompagnent les enfants dans la salle. La magie opère avec Le merveilleux Eventail vivant qui nous mène dans les jardins versaillais et la magie. Chaque pan de l’éventail correspond à un personnage qui bouge. L’objet affiche une mutliplicité de femmes en mouvement, comme un écho à tout le potentiel qu’offre le cinéma, terrain de jeu immense où l’imaginaire n’a plus de limites. Dans L’Homme à la tête en caoutchouc, le visage de Méliès se gonfle ou se dégonfle pour suggérer cette même idée du possible.

Du vivant, il y en a et du punch, même, avec la projection du film Les nouvelles Luttes extravagantes ! Le court métrage est un pastiche des combats forains où le plus fort écrase au pied de la lettre son ennemi, aussi épais qu’une feuille, à l’issue de l’affrontement. L’humour annonce déjà celui des cartoons, de la Warner Bros notamment, et qui jouiront d’un âge d’or trois décennies plus tard. Les Cartes vivantes déroule le tapis rouge à l’illusion, tout en apportant une réflexion sur le cinéma lui-même. Les personnages de Méliès n’ont de cesse de se transformer comme dans La Chrysalide et le papillon, pour brouiller et amuser la perception du public.
 

Le ciné est une gigantesque cour de récré pour Méliès. On nage en pleine féérie avec Le Voyage dans la lune. Méliès. Tous les ingrédients de la SF sont là : savant fou (le professeur Barbenfouillis), exploration d’une contrée mystérieuse, rencontre avec des êtres étranges (les Sélénites, curieux habitants de la lune) et engin de locomotion révolutionnaire (un obus propulsé par un canon). Les trucages les plus simples ne sont pas nécessairement les plus désuets comme en témoignent les réactions de la salle, face à la disparition du Sélénite, par arrêt de caméra.

Toutes les belles choses ont une fin. Mais la séance s’achève, comme elle avait commencé, par une note conviviale. Un buffet bien garni, grâce aux contributions culinaires des parents d’élèves, se dresse à l’entrée du cinéma pour nous dire au revoir, de manière très chaleureuse. Le spectacle des enfants, la magie du piano et  la voix des descendants de Méliès ont apporté un souffle nouveau aux courts métrages du cinémagicien, qui demeure sans conteste au goût du jour, même après cent cinquante ans ! Les portes du Trianon se referment tandis que, chez les plus jeunes spectateurs, des vocations cinématographiques sont peut-être en train de voir le jour…


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