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Erik Nietzsche, mes années de jeunesse (De Unge Ar)

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Portrait d’un cinéaste en devenir, à la portée paradoxalement atténuée par une véritable carence en propositions de cinéma. Ajoutant à cela le méchant rictus de l’ami Von Trier…

C’est donc l’histoire (véridique, car inspirée de son roman autobiographique) d’Erik Nietzche, jeune homme aspirant cinéaste, admis à la fin des années 70 à la prestigieuse Ecole Danoise du cinéma. De ce postulat a priori pas moins prometteur qu’un autre, aurait pu résulter, au mieux, la chronique sucrée-salée de l’affirmation d’un regard d’artiste en terrain miné, une stimulante dialectique opposant la dureté d’un certain secteur (l’enseignement d’une technique, davantage que d’un art, dans ce pays, à cette période) à la progressive réappropriation par un élève des codes de ce secteur. A ceci près que le scénariste du film de Jacob Thuesen n’est pas n’importe-qui : Lars Von Trier lui-même, également narrateur du récit, dont la patte unique se fait assez vite sentir.

   

Comment dire cela simplement… Il n’est pas tellement question ici de nier en un revers de main la place conséquente tenue par l’auteur de Dogville ou Europa dans le cinéma contemporain. Effectivement, quoi que l’on puisse penser de ses choix thématiques et esthétiques, que l’on adhère ou non à son univers naviguant depuis plus de vingt-ans maintenant entre pure expérimentation sur les divers régimes d’image, le concept même de « mise en scène » d’une fiction, et premier degré du grand mélodrame, ne peut être minimisée l’influence majeure de la « Von Trier Spirit » sur une grande part du cinéma danois, voire européen (mondial ?). Du principe initial du Dogme, officiellement né avec la présentation cannoise de ses Idiots (Idiotern), et Festen de son camarade Thomas Vinterberg, en 1998, s’installa mine de rien une certaine tendance à faire de l’absence de moyens l’occasion rêvée de diverses spéculations plus ou moins métaphysiques sur l’infiltration du cinéma dans la vie-même, la discrète mais bien réelle « théâtralisation » du quotidien.

Reste que bien vite l’instigateur du style « dogma » sembla lui-même se lasser de ce qui n’était peut-être finalement pas autre chose que le signe d’une plus profonde interrogation quant à son propre rapport au cinéma. Le phénomène Dancer in the dark (palme d’or 2000), en même temps qu’il signala un retour au mélo après le succès de Breaking the Waves (1996), fut moins révélateur de la décisive installation d’un statut (de grand cinéaste) que l’étrange manifestation d’une conscience de la « facilité » à fédérer par la reprise à peine travestie d’une vieille recette (la fameuse trilogie « Coeur d’or »). Depuis Dogville, la réalité « philosophique » de ce cinéma, à savoir la démonstration de l’irrécupérable vanité humaine, ne se cache visiblement plus. Le regard surplombant (accompagné d’une voix off à la littéralité clinique) sur les noirs desseins de chacun, prend le pas sur la fausse bienveillance, ayant valu aux personnages de Bess et Selma, comme à leurs interprètes (Emily Watson et Björk) notre universelle compassion/admiration.

C’est un peu ce rire impitoyable devant la bassesse des hommes qui meut tout le long le tracé des mésaventures du présent Erik Nietzsche. Mignon comme tout à son entrée à l’Ecole, le gaillard, malmené par ses mentors comme ses camarades, spectateur à peine amusé du folklore dont serait porteur le monde du cinoche (on y croise des filles gigotant à poil sur les plateaux de tournage ; des professeurs égocentriques ou tombant en dépression suite à la prise de conscience de leur carrière ratée ; des chefs op’ « originaux »…), achèvera donc son initiation plus cynique que les cyniques. Les causes profondes, ou tout du moins le développement de cet état d’esprit ne seront jamais vraiment saisissables, la mise en scène s’avérant, il faut le dire, assez pauvre en matière de jeu sur les nuances et paradoxes du visible (pour cela, il faudra plutôt voir du côté de l’ancêtre et jeune homme Oliveira et son éblouissant Miroir magique, également en salle dès aujourd’hui). La morale de la fable ne tiendra alors plus que sur –  mieux que l’impact de l’image – l’audible (et pénible) rictus d’une voix off satisfaite de sa raison. L’exercice a été profitable, monsieur¹.

¹ Réplique tirée de Moonfleet, de Fritz Lang, film ayant « regardé l’enfance » de Serge Daney, mais surtout titre de l’un de ses ultimes recueils de textes, édité chez P.O.L. en 1992. Ou comment croire encore en un possible bénéfique de la transmission (d’art, d’expérience de vie…).

Titre original : De Unge Ar

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Durée : 92 mn


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