Date Limite

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Plus intimiste et touchant que « Very Bad Trip » et pourtant aussi drôle, « Date limite » est à consommer sans modération.

Le réalisateur Todd Philips aime prendre la route. Après Road Trip et Very bad Trip, il promène sa caméra sur les plus belles autoroutes américaines, embarquant avec lui un duo délicatement juste, composé de Zach Galifianakis et Robert Downey Jr.
Downey Jr. joue un architecte froid, coincé et bloqué à Atlanta, pressé de rentrer chez lui pour cause de femme enceinte de neuf mois au bord de la livraison. C’est un hurluberlu paumé, mais déterminé à croquer Hollywood, qui l’en empêche, interprété à la perfection par Galifianakis (le barbu de Very Bad Trip). Par un fâcheux concours de circonstance, les deux compères aux personnalités diamétralement opposées se retrouvent à partager une voiture de location pour rejoindre Los Angeles par la route.
Le film tient sur les épaules de ce duo réussi. On avait déjà constaté le talent comique de Galifianakis tout en décalage et poésie. Dans Date Limite, il explose et tient la route sur la longueur preuve qu’il n’est pas éphémère. Cet acteur arrive à jongler entre les dialogues ahurissants de bêtise et de second degré avec une conviction imperturbable. Il ajoute à cela une candeur exquise qui dénote dans cette construction humoristique en lui offrant un style très personnel. Comme si une rose vous racontait une blague vulgaire tout en conservant son parfum. Downey Jr., n’est pas un simple clown blanc, unique faire valoir à l’amuseur qu’il a en face de lui. Celui qui nous avait déjà montré ses capacités délirantes dans Tonnerre sous les Tropiques, compose un personnage d’une froideur inhumaine le poussant dans des situations choquant l’ordre social, un rôle dont la pertinence comique n’est pas si évidente. Le voir dégommer un enfant ou se battre avec un handicapé en chaise roulante est un réel plaisir et une source de rire indéniable.
A l’inverse de nombreuses comédies, le rire n’est pas dirigé, ni accentué. La mise en scène épurée et efficace délaisse les grands panneaux annonciateurs de gags et d’amusement forcé. La créativité continuelle des situations évite au réalisateur et aux acteurs de déployer la même blague sous tous ses angles. L’équilibre entre les scènes d’action pures et renversantes, les scènes de dialogues décalées et celles plus centrées sur l’émotion est parfaitement maitrisé facilitant le passage des unes aux autres sans jamais casser le rythme. Discrètement, Todd Philips manipule certains codes pesants de la comédie. Date Limite, comme Very Bad Trip, possède un happy end anticipé (la femme enceinte accouchera, le marié perdu se mariera) qu’il utilise en postulat de départ. Les personnages sont lancés dans une quête dont l’objectif ne se situe pas à l’arrivée mais dans le cheminement. La fausse surprise finale convenue est évitée tout en sécurisant les spectateurs et…les producteurs.
Alors que toute bonne comédie se doit de respecter ses personnages secondaires en leur offrant des lignes de dialogue savoureuses et une présence percutante, Date Limite les oublie étrangement. Excepté Danny McBride, l’éternel second couteau bien aiguisé, les comédiens entourant le duo principal du film (Michelle Monaghan, Jamie Foxx, Juliette Lewis) sont transparents voire inutiles. Malgré ces petites erreurs de casting et ce manque dommageable de personnages loufoques supplémentaires, Date Limite nous offre une belle ballade humaine et délirante en excellente compagnie.

Titre original : Due date

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Durée : 95 mn


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