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Cunningham

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Filmer la danse avec efficacité et esthétique, c’est une gageure réussie ici grâce aux cou-leurs et à la 3D.

« Repenser la danse en termes cinématographiques »

Tout le monde le reconnaît sans problème particulier : filmer la danse est un art difficile. Et quand c’est en 3D, n’en parlons même pas. Le geste et le mouvement, sans oublier la chorégraphie bien sûr, ne se donnent pas facilement à la caméra. Wim Wenders en sait quelque chose même si son film sur Pina Bausch, Pina (2011), possède de grandes qualités esthétiques et inventives. Ici, c’est Alla Kovgan qui s’y colle. Ce n’est pas la première fois que la réalisatrice, toujours entre Etats-Unis et Europe, filme la danse. Elle n’en est pas à son coup d’essai. En 2008, son film Nora, sur la chorégraphe zimbabwéenne Nora Chipaumire, fut présenté dans 120 festivals, recevant 30 prix et a été diffusé sur de nombreuses chaînes de télévision internationales. Ses origines russes ne sont sans doute pas étrangères à sa vision de la danse filmée qui en fait presque un art presque total. Elle le confie d’ailleurs au dossier de presse du film par ces mots : « Comment faire un film qui permettrait au spectateur de vivre les chorégraphies ? Le seul moyen est de repenser la danse en termes cinématographiques. Et cela représente un défi. Notre but n’était pas seulement de filmer la danse. C’était de traduire les idées de Merce en Cinéma, avec un C majuscule, et d’en proposer une expérience visuelle. »

 

 

« Proposer une expérience visuelle »

Proposer une expérience visuelle, c’est une véritable réussite ici puisque son film parvient à mettre en scène les danseurs, dans des chorégraphies reconstituées au détail près, dans des décors extraordinaires, tout en exhumant et présentant de manière très originale des documents d’archives qui restituent à Merce Cunningham sa présence et sa joie de créer hors du commun. Sans pour autant vouloir faire un film pédagogique ou didactique, Alla Kovgan arrive au sommet d’un art en nous proposant ainsi une oeuvre d’art filmé sur une oeuvre d’art dansée en perpétuelle construction, à savoir les dizaines de chorégraphies du célèbre danseur et chorégraphe américain qui a rendu accessible la danse contemporaine, et qu’on célèbre cette année partout dans le monde, et tout particulièrement à Paris qui l’avait accueilli dès ses débuts mouvementés, car ses chorégraphies firent d’abord scandale.

 

 

« C’était une folie de réaliser un film sur la danse en 3D… »

Comment un tel projet, presque pharaonique a-t-il pu voir le jour dans un monde du cinéma qui ne prise pas spécialement la danse, et dans lequel il est particulièrement malaisé d’obtenir des financements. ? « J’ai assisté à une représentation de la Merce Cunningham Company à New York en 2011, quelques semaines avant qu’elle ne s’arrête, confie la réalisatrice dans le dossier de presse du film. L’idée d’une captation en 3D de ses créations m’est venue instantanément tant celles-ci investissaient l’espace et la profondeur. J’ai tout de suite proposé mon projet de film à Robert Swinston, qui travaillait aux côtés de Merce depuis 32 ans, ainsi qu’à la Dance Films Association. Sans un partenariat international, le film, qui exigeait beaucoup de moyens, n’aurait pu se faire. Il m’aura fallu sept ans pour réaliser ce projet dont on me disait que c’était une folie que de vouloir réaliser un film en 3D sur un chorégraphe américain d’avant-garde… » Tous les spectateurs, et principalement les élèves des grands conservatoires internationaux, mais pas seulement, pourront faire leur miel des secrets d’une danse devenue maintenant intemporelle, presque archétypale de la modernité.

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Durée : 93 mn


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