Caos Calmo

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Comment vivre après la perte d’un être cher? Caos Calmo apporte un début de réponse : sa réponse. Une gestion du deuil tout en respect et amour… troublant.

Caos calmo est l’adaptation du roman homonyme de Sandro Veronesi, lauréat du Prix Strega (équivalent du Goncourt) et best seller en Italie. Lorsque l’on s’attarde quelques instants sur le sujet, rien de très rassurant n’émerge de cette petite réflexion. Mais voilà. C’est sans compter avec l’art… À la suite de la mort brutale de son épouse Lara, Pietro (Nanni Moretti) se retrouve seul avec leur petite fille de 10 ans, Claudia (Blu Di Martino). Une nouvelle vie à deux commence alors. Outre le thème du deuil largement développé ici, le réalisateur Antonello Grimaldi brosse une peinture presque caricaturale de l’univers de la télévision et du cinéma italiens.

Ainsi, un nouveau noyau familial se crée après la mort, dans un calme olympien qui surprend tous les proches de Pietro. Ce dernier, distant et presque hors du monde, a choisi de vivre son deuil à sa façon. Chaque jour, il accompagne sa fille à l’école et reste toute la journée dans la parc en face de l’établissement. Sur son banc il voit la vie des autres défiler, il réfléchit à ses actes, et, chose troublante, jamais il ne pleure la défunte. L’entourage demeure perplexe. La mort d’un être tant aimé devrait faire déverser un torrent de larmes. Pour tous, le deuil ne peut se faire qu’ainsi. Et pourtant, rien n’est aussi simple. La perte d’un être cher est si profondément douloureuse qu’elle ne supporte pas d’a priori. Chacun a le droit (et même un certain devoir…) à sa propre perception de la mort, à sa propre gestion. Rien n’est honteux quand il s’agit de faire un deuil. La souffrance n’a pas de visage. Il faut juste respecter, avec amour et tolérance. Et c’est bien ce que finiront par faire les proches de Pietro, parce qu’au fond, il n’ont pas vraiment le choix. Le veuf prendra le temps de la vie, ce temps qui lui est offert et dont sa femme n’a pas bénéficié.

Il est rare que Nanni Moretti joue dans un film qu’il ne réalise pas (même si ici il a participé au scénario) : cette distance artistique lui offre une liberté d’interprétation qui touche à la perfection. Servi par un casting juste et impeccable, Caos Calmo jouit d’une troublante véracité qui ne tombe pas dans les travers du pathos. La mise en scène offre de l’espace aux corps, leur laissant la possibilité (ou non) de s’apprivoiser, appuyée par une esthétique qui oscille entre des couleurs automnales et des teintes pastel, apaisant le regard et facilitant la confession. Caos Calmo, à l’image de son personnage principal, est fort et émouvant, tendre et passionnant… Une oeuvre riche d’enseignements qui enseigne comment il est encore possible, après l’impossible, de se (re)construire après le chaos.

Titre original : Caos Calmo

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Durée : 112 mn


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