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Be with Me

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Par une fermeture, débute le film d´Eric Khoo. Un vieil homme aidé de sa femme abaisse le rideau de son commerce après avoir débarrassé les trottoirs de ses étales. Filmé plein cadre en frontal à la manière du théâtre, le regard se perd à imaginer un hors-champ possible dans le murmure de la rue. Images […]

Par une fermeture, débute le film d´Eric Khoo. Un vieil homme aidé de sa femme abaisse le rideau de son commerce après avoir débarrassé les trottoirs de ses étales. Filmé plein cadre en frontal à la manière du théâtre, le regard se perd à imaginer un hors-champ possible dans le murmure de la rue.

Images à l´aune de la technologie HD employant leur planéité de surface au service de plans fixes et frontaux comme au temps des films muets, absence de paroles pour aborder le thème de la communication et de sa transmission par le biais d´intertitres technologiques, Be with me opère tout au long de son défilement un retour perpétuel sur lui-même et sur sa propre image. Par un subtil mélange, il convoque et concentre sur trois destinées entremêlées et en ses transitions la rencontre des âges en les traitant sur un pied d´égalité. Ces écrans vecteurs transitifs de la communication de l´oral à l´écrit (portable et SMS, stylo et feuille de papier, machine à écrire et ordinateurs), comme autant de fenêtres multiples sur le monde, se confondent plein cadre sans traitement de faveur ni distinction.

N´allez pas croire que l´anathème est lancé ici sur la technologie, cible récurrente et en partie responsable chez certains cinéastes, du désert affectif des rapports humains et de l´isolement progressif des individus. Bien sûr le portable, à la fois symbole de ce modernisme et emblème communicatif de nos sociétés, qui détermine progressivement la fin de la relation entre les deux adolescentes, conduit la jeune Jackie au suicide, et l´éclatement de l´appareil sur le sol signe son retour à la vie. Cependant, dans un raccord surprenant, l´issue de la chute est toute autre : la rencontre inopinée des deux corps, l´un poussé par une pulsion de vie et l´autre de mort, vient renverser la proposition destructrice tout en maintenant l´ordre des choses : attirer l´attention de l´être aimé par le biais d´une brève dans un quotidien local en lieu et place d´une lettre qui n´aurait eu le même effet.

Ce n´est donc pas la technologie qui sous tend la disparition du lien amoureux ou affectif mais bien le sentiment du désir qui domine toute technologie. Ainsi, les écrans de surveillances tout comme les vitres et vitrines des beaux quartiers par le biais desquels le veilleur rêve de pouvoir atteindre la belle et fortunée Ann, jeune cadre singapourienne, ne sont aucunement traités comme suspects, intrusifs, ou voyeurs. A l´instar d´un << métacinéma >> où les régimes d´images sont sources de destruction et de défiance, Eric Khoo imprime une croyance et un souffle en celles-ci. De même, le souvenir prégnant du vieil homme avec sa femme toujours à ses côtés et l´espace photographique où il touche pour la première fois le vécu de Thérésa Chan sont encore des indices d´une subtile concomitance des images entre vie (image fixe) et mort (image en mouvement), renversant la dialectique entendue.

Certes on pourra relever quelques séquences stylisées simplistes, à la limite du stéréotype dans le traitement de la relation entre les deux adolescentes, ou bien l´omniprésence des thèmes piano et violon mielleux à souhait pour lier l´ensemble. Pourtant, au regard de ce troisième film du cinéaste, on ne peut qu´en faire abstraction tant la construction du récit et son agencement par l´image sont d´une audace et d´une clairvoyance incroyables pour l´époque actuelle. Sur l´un des thèmes les plus rebattus au cinéma, celui de la recherche du désir amoureux, avec une construction classique de film choral, Be with me nous propose un voyage hors du temps par le biais des moyens de son époque dans le sens d´une modernité non pas placée sous le signe du fatalisme ambiant, mais sous celui du progrès humain.

Entretenant l´espoir des possibles à travers l´image, Eric Khoo arrive à nous redonner foi en un cinéma disparu, tel dans ce fameux plan où sur la surface d´un écran de cinéma sur lequel se dessine plein cadre le logo de la Shaw Brothers, l´action envahit le champs du spectateur et, par la caresse d´une caméra remontant le long d´une jambe pour aboutir sur des doigts qui s´effleurent, nous rappelle à la fois nos premiers émois amoureux mais aussi cinéphiliques par la découverte du désir. Plus qu´un hommage au cinéma, le témoignage d´une véritable croyance en la vie, à la fois très forte et éminemment naïve, reflet d´un autre temps, qui donne sincèrement envie d´en voir plus et encore.

Titre original : Be with Me

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Durée : 90 mn


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