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Bachelorette

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« Good to go! »

Pour une fois, la promotion a été bien assurée. Sur les affiches du film, on lit : « (In)fidèles, Re(belles), (Im)parfaites». Le film prend à bras-le-corps la question de l’identité féminine, et sous ses airs de comédie mi-sophistiquée (pour le milieu) mi-trash (l’humour pieds dans le plat, la cocaïne omniprésente), s’amuse de l’impossibilité des femmes à assurer sur tous les fronts.

Soit trois amies de lycées se retrouvant dans un luxueux hôtel new-yorkais pour le mariage d’une quatrième. Trois beautés, chacune dans leur genre : la blonde, la rousse et la brunette. La répartition quasi caricaturale des personnalités n’est pas non plus anodine. Les filles sont chacune des stéréotypes en même temps que les rebuts de personnages qu’elles connaissent déjà. Isla Fisher reprend du service dans le rôle de l’écervelée fana de mode de Confessions d’une accro du shopping, Lizzy Kaplan n’est rien de plus que la jeune femme perdue et sans ambition de la série Party Down, et Adam Scott, son partenaire d’alors, ne se fait pas prier pour reformer leur duo amoureux. Comment ne pas penser non plus à la jeune épouse dépressive de Melancholia, ou bien à la Marie-Antoinette de Sofia Coppola quand Kirsten Dunst, ici privée de mariage, impose sa présence de freaks control à deux doigts de la crise de nerfs, mais soumise à une respectabilité qu’elle s’impose elle-même.

 

La jeune réalisatrice Leslye Headland s’empare de spectres de cinéma et de personnages de jeunes trentenaires en milieu urbain avec l’irrévérence de celle qui arrive trop tard, pouvant paradoxalement tout oser. Il y a eu les déboires du quatuor de Sex and the City, grands-mères dont elles héritent du goût de la provoc et l’immaturité. À l’autre bout du spectre, ce sont évidemment les Girls de Lena Duham, ce qui se fait de mieux aujourd’hui dans le sillon laissé par Carry et ses copines. Dans le domaine du cinéma, la comparaison imposera le succès estival de 2011, Mes meilleures amies, renforcé par la présence au casting de Rebel Wilson, qui pour rappel était l’horrible colocataire australienne de Kristen Wiig.

La bande de filles, dont l’objectif est simple, éviter de ruiner le mariage de leur copine par la propension qu’elles ont à laisser parler leur mauvais cœur ou à se blanchir le nez, s’apparente plus à la Julia Roberts de 1994 dans Le Mariage de mon meilleur ami qu’aux atermoiements délicats de célibataires en quête d’amour. Si le film a fait date, c’est parce que l’héroïne était une jalouse, pleine de mauvaises intentions, décidée à ruiner le bonheur des autres. Bachelorette en est un héritier par sa bravoure comique, fonçant tête baissée dans les stéréotypes féminins pour mieux y déceler une part de vérité.

L’absence totale de mise en scène du film permet paradoxalement au scénario de dérouler en cascades et en un rythme effréné ses scènes attendues de film de mariage : l’enterrement de vie de jeune filles, la répétition des discours et bien sûr le jour J. La toile de fond qu’est le mariage, institution américaine qui déterminerait l’aboutissement triomphant d’une vie de femme, est le parfait prétexte au retour en arrière. Erreurs du passé, réputation entachée au lycée, les filles se dépatouillent de l’image qu’elles ont forgées d’elles-mêmes, pour mieux s’en défaire ou l’assumer.

 

Le point d’orgue de l’exercice vient dans la séquence du club de striptease, où les jeunes filles sont prises pour des prostituées, confondues avec les danseuses qui officient, rabaissées dans un lieu où elles devraient se distinguer. Pas en reste de vulgarité, le machisme et la cruauté que les personnages masculins exercent à leur encontre permettent pour la première fois de saisir combien le film ne censure même pas les a priori masculins. Fini le jeune premier honnête et sensible, ici les hommes sont aussi crétins que les filles écervelées. Rencontres de regards et de comportements à la fois clichés mais si crédibles, cette séquence illustre le volontarisme de la réalisatrice, qui dit en somme que les femmes sont toujours les salopes de quelqu’un et ce parce que les hommes le veulent bien. Si d’aucuns (et plus certainement d’aucunes) crient à la misogynie, eh bien tant pis ! Le filme déboulonne les figures que la cinéaste a sciemment mises en place, orchestrant le carnage d’une certaine idée de la féminité made in comédie romantique.

Il faut voir Regan (merveilleuse Kirsten Dunst), œil fou et cheveux décoiffés, se démener à sauver de la catastrophe une robe de mariée en vociférant après le monde entier, stopper un instant sa course pour répondre à un garçon qui lui demande pourquoi une fille peut bien se faire vomir : « cause I wanted to be beautiful ». Le film est là, tout résumé dans la stature de l’actrice, personnalité multiple et fantasque, débordant du corsage de personnage de comédie à l’eau de rose. Regan court elle aussi après le bonheur, mais elle distribue quelques coups de pieds à ceux qui se trouveraient sur son passage.
 

Titre original : Bachelorette

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Durée : 97 mn


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