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Assassination Nation

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Malgré le poids des références, ce petit jeu de massacre n’en demeure pas moins piquant.

La littérature et le cinéma ont maintes fois démontré le caractère hautement inflammable de Salem. Quand un hacker sans vergogne expose au grand jour les secrets de tout un chacun ; rien ne pourra plus alors empêcher l’explosion de la petite ville du Massachussetts. Aux manettes de cette chasse aux sorcières 2.0, on retrouve Sam Levinson, le fils de Barry, dont la première réalisation, quasiment oubliée, Another Happy Day, remonte déjà six ans en arrière. Sans chercher à révolutionner le genre Assassination Nation remue suffisamment nos méninges et notre estomac pour se laisser emporter dans une énième autodestruction de l’American way of life.

 

 

Serial Liker

Stockage d’informations, images et commentaires instantanés, dans une société hyperconnectée certaines existences ne reposent que sur la puissance virtuelle du réseau informatique. Dans cette dénonciation de ce nouveau fléau social, aucune victime n’est totalement innocente. Parents, enfants, gestionnaires des institutions publiques, tous connaissent les risques. Lily Colson et ses amies, qui l’ont parfaitement intégré, entendent bien jouir de tout le pouvoir que semble leurs conférer le flux ininterrompu de SMS, tweets, likes et autres sources d’informations qui les accompagnent jour et nuit, y compris dans les moments les plus intimes.

Sam Levison brise rapidement le cliché de l’étudiante écervelée, chère au teen movies, en inversant constamment les rôles de coupable et de victime. La très convaincante et inquiétante Odessa Young (Lily Colson) prend visiblement beaucoup de plaisir à naviguer d’un bord à l’autre. Elle n’hésite pas à nous interpeller directement sur l’hypocrisie d’une société où les moralisateurs se multiplient au même rythme que les exhibitionnistes.

Voix off prophétique, lents travellings dans les longues allées pavillonnaires au son d’une musique lancinante, dès le début la présence sournoise d’un redoutable psychopathe hante Salem. Le sérial killer des temps actuels est beaucoup dangereux que Freddy, Michael Myers et bien d’autres de ses prédécesseurs. Planqué derrière son écran, loin des scènes de crimes, le hacker n’a qu’à cliquer pour que les tous les habitants s’étripent entre eux.

 

 

Terrains connus

Split screen, captation vidéo, variation de rythme, la diversité des procédés nous tient en permanence sur le qui-vive. Les inspirations multiples renforcent le sens du récit. Des cadrages menaçants empruntés à John Carpenter, à l’impact des couleurs, cher à  Nicolas Winding Refn, en passant par les masques ramenés de The Purge, Sam Levinson explore le large spectre de l’horreur. Même si le metteur en scène n’est pas à la hauteur de ses modèles, il n’en a pas d’ailleurs la prétention, force est de reconnaître qu’il réussit à créer un réel sentiment de malaise et de tension. Seul bémol, la transformation des quatre jeunes femmes en anges exterminatrices; sauce Kill Bill, rompt momentanément le délicat équilibre de l’édifice.

Connaitre ses classiques ne saurait suffire, il faut l’agrémenter d’une bonne dose de savoir faire pour que la mécanique fonctionne. Levinson se révèle assez adroit en la matière, et fait même preuve de virtuosité par moments. Comme pour la scène de l’enlèvement de Lily, dont la première partie toute aérienne prend la forme d’un plan séquence assez ébouriffant. Suite à cette décapante et sanglante chasse aux sorcières, on attend avec intérêt la suite d’une carrière que l’on espère plus personnelle et singulière.

Titre original : Nation Destruction

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Durée : 108 mn


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