Ariane

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« Jeunes femmes et vieux messieurs – Si elles sont fauchées quelle importance – Du pognon ils en ont pour deux. » Cette citation de Serge Gainsbourg n’aurait pas lieu d’être ici, car dans Ariane, il s’agit d’amour. Le vrai. Le pur. Celui qui ne s’attarde pas sur une simple différence d’âge.

Ariane, de Billy Wilder
Disponible en dvd chez Carlotta

Pour la première fois en dvd (et cela n’est pas trop tôt !), une petite perle signée du grand Billy Wilder : Ariane. Une comédie aux accents lubitschiens, qui sait tirer brillamment profit de sa longueur inhabituelle (un peu plus de deux heures, fait rare dans ce genre cinématographique). À l’origine, un roman de Claude Anet, « Ariane, jeune fille russe », datant de 1931, dont Paul Czinner fit une adaptation la même année, en français et en allemand. Ce sont ces versions qui donnèrent envie à Billy Wilder de faire un remake en 1957. Bien que tournée 26 ans plus tard, Ariane est dépourvu d’allusions sexuelles crues (ce qui n’était pas le cas dans l’adaptation de Paul Czinner), conférant à la jeune amoureuse (Audrey Hepburn) un statut d’innocente romantique prise dans les filets d’un vieux (mais terriblement charmant) séducteur (Gary Cooper). Cette pudeur est aussi le fait du contexte socio-politico de l’époque : censure du code Hays et maccarthysme permettent au visage angélique d’Audrey Hepburn de s’exprimer, mais sa silhouette maigrichonne doit rester chaste jusqu’à la dernière image.

Ce n’est pourtant pas la première (ni la dernière) fois que le cinéma se penche sur les relations entre de très jeunes femmes et des vieux messieurs. Ce qui diffère ici est le traitement de l’histoire par le biais de la comédie. C’est là qu’intervient Lubitsch. Wilder, qui le considérait comme son mentor et comme le maître absolu du genre, s’emploie tout au long de ce film à rendre hommage à son prédécesseur. L’utilisation de la musique, ainsi que des dialogues corrosifs confèrent à chaque séquence un décalage par rapport à la réalité. Le vieux séducteur, qui se prétend « mauvais parleur », enrobe chacune de ses scènes de séduction par la présence d’un orchestre tsigane (un choix probablement en rapport avec les origines autrichiennes de Wilder) interprètant à chaque fois les mêmes morceaux dans le même ordre. Mais le plus ironique survient au milieu du film. C’est lors d’une représentation d’un opéra de Wagner que la jeune Ariane retrouvera par hasard le vieux Flannagan. Un opéra qui ne peut avoir été choisi au hasard : « Tristan et Isolde », les amants impossibles… Une comédie douce-amer au Happy End prévisible, mais néanmoins délicieux !

Titre original : Love in the Afternoon

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Durée : 130 mn


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