9 mois ferme

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Délirant et tendre à la fois, ce film est à l’image de son auteur.

Depuis ses débuts, Albert Dupontel se sert de l’invraisemblance comme matière première de son art. L’ancien élève d’Antoine Vitez connaît d’abord la notoriété sur les planches avec ses one man shows d’un comique inédit – à la fois surréalistes, délirants, faits d’ellipses, d’onomatopées – sous-tendus par un tempo inouï, saccadé, tragique et à mourir de rire. Il faut réentendre le sketch de « l’oral du baccalauréat de philosophie », un summum, s’il en est, du répertoire comique de l’artiste, pour se rendre compte de toute l’originalité et de la drôlerie à multiples lectures de son univers. Pour 9 mois ferme, son cinquième long métrage, il est avant tout resté fidèle à lui-même et à son esprit d’indépendance, mais aussi à cette « invraisemblance », dans l’histoire de cette rencontre hautement improbable d’Ariane Felder (Sandrine Kiberlain), quarantenaire célibataire et ne vouant son existence qu’à son métier de juge, et d’un repris de justice, accusé entre autres, de globophagie (fait de manger des yeux)…

Ce pitch qui ressemble bien à son auteur, engendre un film extravagant, burlesque, avec une mise en scène de la justice, sous couvert de délire, grinçante voire sulfureuse. Même si l’auteur se défend ici et là sur les ondes d’avoir voulu critiquer l’institution judiciaire, qui n’a pas besoin de lui pour se ridiculiser (sic), c’est en revanche un documentaire sur cette même justice au quotidien, 10eme chambre, instants d’audience de Raymond Depardon (2004), qui lui a donné envie d’écrire son film.

 

 
 
La séquence inaugurale qui montre la Salle des Pas-Perdus du Palais de Justice en plein réveillon du Nouvel An, l’incroyable plaidoirie loufoque d’un avocat (Nicolas Marié) bégayant, comme les moqueries infligées à la petite lucarne dans un coin de laquelle on surprend un Jean Dujardin traduisant le journal télévisé en (faux) langage des sourds-muets pendant que défilent en bas de l’écran des messages surréalistes, sont à cet égard assez caractéristiques de Dupontel metteur en scène. Ce dernier lâche les chevaux, sort des codes proprets de la comédie gentillette à la française. Et l’invraisemblance prend son tour le plus inattendu lorsque l’on apprend qu’Ariane est enceinte (après un déni de grossesse de 6 mois !) de Bob Nolan (Albert Dupontel), le dangereux criminel accusé de globophagie… C’est la méthode Dupontel : distordre le réel au maximum pour, en l’espèce, réussir l’exploit de faire se rencontrer deux personnes que tout oppose, vivant dans deux mondes différents. On sent le cœur à l’ouvrage dans ce film parcouru par des thèmes chers à l’auteur, comme la paternité, l’injustice, l’altérité et son inverse, l’incommunicabilité entre les êtres. Justement, l’Autre semble être le souci majeur du cinéaste. Au milieu du chaos, du trash, de scènes qui font parfois penser aux Monty Python, il y a toujours un regard bienveillant sur les personnages, la réalité étant suffisamment noire comme cela pour que l’on nous épargne la méchanceté et la cruauté des hommes entre eux.
Tel est donc le style Dupontel, qui n’a jamais varié. C’est de la « guignolade », mais le fond est sérieux. De ce chaos doit émerger le sens. On sait que l’homme et l’artiste ont de l’épaisseur ; 9 mois ferme en témoigne. Le regard porté sur les personnages est doux, en dépit de la bouffonnerie ambiante. Le cinéaste a choisi de déconner pour chasser le désespoir. Rendons-lui cette grâce, même si un faux rythme dans la narration est perceptible dès les premiers instants du film et que l’effet comique s’amenuit peu à peu dans la mesure où l’on assiste davantage à une succession de séquences plus ou moins délirantes qu’au déroulement d’une trame narrative compacte et fluide. De son propre aveu, le cinéaste a choisi la difficulté ; comme Chaplin, un de ses maîtres, il nous dit : « C’est pas drôle mais je vais essayer de vous divertir avec ça ». On préférera tout de même Charlot.

Titre original : 9 mois ferme

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Durée : 82 mn


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