What Richard Did

Article écrit par

Dans une nature triste et sauvage, Lenny Abrahamson s’attache à montrer la métamorphose de Richard, un adolescent rongé par la culpabilité.

Capitaine de l’équipe de rugby et fils parfait, Richard Karlsen est un adolescent d’une rare maturité. Aimé de tous, il apparaît comme un modèle à suivre. Comme un journal intime, chaque scène est prétexte à la découverte de cette personnalité sans relief qui partage ses semaines entre les cours, le sport et la maison familiale en bord de mer. Les dix-huit premières années de sa vie ne sont qu’anecdotes quelconques, rencontres banales, train-train quotidien trop lassant et ennuyeux pour un adolescent. Le casting subtil rend bien compte de cette mentalité vierge d’expériences. Jack Reynor (Dollhouse – Kirsten Sheridan, 2012 ; bientôt Transformers 4, Michael Bay) a le regard d’un nouveau-né, le visage lisse et le regard naïf. Tel Adam vivotant dans son jardin d’Éden, rien ne semble pouvoir ternir les instants de bonheur précieux de Richard, excepté Lara (Roisin Murphy), une Ève aux cheveux bruns et au visage angélique. Cette rencontre marquera le point de départ d’un parcours initiatique semé d’embûches. À partir de cet instant, la réalisation quotidienne et contemplative bascule dans un marasme d’inquiétude, d’inconfort et de jalousie.

L’intrigue du film de l’Irlandais Lenny Abrahamson (Adam & Paul, 2004 ; Garage, 2008) se résume à son titre, What Richard Did. Cette question se concentre sur le personnage principal et la clef de voûte de l’intrigue : un acte qui déterminera la progression du scénario. La présence redondante de Richard dans le moindre plan anéantit malheureusement trop vite la valeur dramatique des autres personnages. Ses amis, parents et coéquipiers, influencent, malgré leurs apparitions trop vives et trop soudaines, son comportement et participent de sa métamorphose. De plans larges répétitifs, Lenny Abrahamson va alors opter pour des plans plus resserrés sur les visages des personnages comme pour atteindre leur psychologie la plus profonde. Les langues se délient, les attitudes changent, le jeu des acteurs se veut plus convaincant et mûr, révélant leurs failles et leurs vrais visages. Ces destins brisés vacillent autour d’un Richard passant d’un comportement apeuré se recroquevillant sur lui-même à une rage incontrôlable. Accompagnant la prestation éclatante de Jack Reynor, la couleur claire et lumineuse de l’image tend petit à petit vers un gris terne et pluvieux traduisant son état d’esprit rongé par la culpabilité et l’irréalisme de la situation.
 
 

 
 
Lenny Abrahamson condamne son personnage principal à errer dans une éternelle culpabilité, ne laissant que peu de place à la rédemption. D’une maturité fébrile à une prise conscience violente, What Richard Did n’est autre qu’un voyage initiatique marqué par un réalisme déconcertant n’atteignant jamais son apogée dramatique. Car sous ses airs de force tranquille, Richard n’en est pas moins un « enfant » tremblotant qui ne trouve pas la force d’affronter cette bourrasque. La nature environnante, vagues houleuses et herbes hautes portées par un vent violent en passant par les grains de sable lacérant la peau, traduit la douleur de Richard, incapable de prononcer le moindre mot. Elle est alors utilisée comme le symbole d’une déchéance intérieure telle qu’il semble préférable de l’imager plutôt que de la montrer dans son état le plus brutal. Frôlant à quelques reprises une folie passagère, Richard prend conscience de la mue qui s’opère en lui et devient enfin un adulte à part entière.

Titre original : What Richard Did

Réalisateur :

Acteurs : , , ,

Année :

Genre :

Durée : 97 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..