Visions de la famille dans le cinéma américain des années 50

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Familles, je vous hais…

L’assassinat de JFK en 1963 signa en quelque sorte la perte d’innocence des États-Unis et figea la période allant des années 50 à ce drame national, en une sorte de paradis perdu. L’image d’une Amérique heureuse, prospère et conquérante s’illustre ainsi par une imagerie dont la nostalgie et le charme perdurent aujourd’hui, notamment par les illustrations d’un Norman Rockwell et toute la patine vintage qui y fut associée par les publicités, les photographies et la musique.

Le cinéma, tout en jouant largement de cette esthétique idyllique, se sera montré fort aventureux pour montrer l’envers du décor et la déconstruction en règle de la vision rêvée de la famille américaine. Le mélodrame fut le genre idéal pour cela et le maître du genre, Douglas Sirk, sut tout au long de ses films Universal se montrer audacieux, pervertissant cette province américaine du poids des préjugés et de la médisance dans Tout ce que le ciel permet ou montrant la famille comme une prison étouffante dans l’épuré et poignant Demain est un autre jour.

Autre maître, Nicholas Ray fit du foyer un lieu de cauchemar dans Derrière le miroir annonçant le Shining de Kubrick, l’argument surnaturel étant remplacé par un traitement à la cortisone ayant pour effet de libérer les frustrations d’un père soumis à son devoir. Cette figure de l’homme pas ou plus à sa place de chef de famille responsable fut au cœur des problématiques des films de cette période, à l’image des plus méconnus L’Homme au complet gris de Nunnally Johnson ou du chef-d’œuvre de Richard Quine, Les Liaisons secrètes. Ce thème trouvera son aboutissement dans L’Arrangement d’Elia Kazan, synthèse parfaite de ce questionnement alors libéré de la censure du code Hays. Vincente Minnelli, également peintre de ces mouvements dans Comme un torrent, jettera aussi un voile d’ombre sur le rêve americana désormais perverti dans Celui par qui le scandale arrive.

Bonne lecture avant un prochain Coin du cinéphile consacré au réalisateur italien Mauro Bolognini.


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