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Vertiges (Choi Voi)

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Vertiges de l´âme, du corps et de l´amour dans une mise en scène sensuelle et délicate. Le second film du vietnamien Bùi Thac Chuyen nous fait tourner la tête.

« Tu t’chopes des suées à Saïgon », chantait Alain Bashung dans Vertige de l’amour. Trente ans après, Saïgon n’est plus mais le vertige, les vertiges, sont toujours présents. En témoigne le deuxième long-métrage de Bùi Thac Chuyen. De bout en bout, ce film intitulé Vertiges (Choi Voi) aborde avec beaucoup de finesse, peu de dialogues et une caméra pudique et poétique, cet état de trouble et d’égarement, les vertiges de l’âme et de l’esprit, ceux du corps et de l’amour.

Et la première en proie à ces égarements, c’est la belle et ténébreuse romancière Câm, rongée par son amour pour son amie Duyen, future mariée innocemment sensuelle. Cheveux courts, regard de braise et toute de noire vêtue, Câm participera à la révélation de ces mêmes égarements chez Duyen, fustrée par son mariage. La jeune épouse va en effet se laisser troubler par Thô, un séducteur dissolu perfidement mandaté par Câm.

Sa nuit de noce, Duyen (Hai Yen) la passe à veiller son mari ivre mort, une veille qui s’accomplit dans le respect de la consigne proférée par sa belle-mère : ne pas réveiller le jeune soûlard. L’intrigue naissante ne laisse pourtant pas de doute, un fossé sépare dès les premières images Duyen de son jeune époux, Hai (Dui Khoa). Et un fossé vertigineux. Ils sont d’ailleurs filmés séparément. Hai a le visage poupin et boit du lait. Il ne sait visiblement que faire du canon de beauté qu’il vient d’épouser, les plans rapprochés le montrent encore un peu plus silencieux, fuyant et perplexe face à ce débordement de féminité et de sensualité incarné par Duyen. Ainsi, quasi-instantanément, la mise en scène isole la jeune femme sans que jamais elle ne perde son doux sourire compréhensif, bienséances sociales et culturelles obligent.

Lorsqu’enfin, pris dans le même plan, Hai et Duyen ont la possibilité de donner corps à leur mariage, à leur histoire, ils sont systématiquement en décalage. Dans la voiture que conduit son chauffeur de taxi de mari, Duyen est à l’arrière. Plus tard, assise sur son lit, elle a à faire avec un homme allongé, ramassé à ses genoux. Un homme qui n’en est pas vraiment un au final, pas encore du moins, puisqu’il n’honore pas sa femme et se sent plus à l’aise avec la voisine du rez-de-chaussée, une adolescente excitée à la féminité latente.

De là naissent les vertiges. Des émois et des interrogations des uns et des autres, à peine formulés à haute voix, sur le désir qui les guide et (ou) les effraie. A ce titre, les couleurs sont très révélatrices. Tels deux diables tentateurs, Câm et Thô arborent le noir en étendard, reflètant la tristesse de Câm et contrastant avec la blancheur des vêtements de Duyen. Robe de mariée ou robe de jour, débardeur ou culotte, tout est blanc et pur au départ chez la jeune mariée. Thô trinquera à un moment sa chemise noire pour une blanche, mais Duyen, elle, virera carrément au rouge avant le noir absolu.

Titre original : Choi Voi

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Durée : 110 mn


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