Variety, version restaurée 2 K, coffret BLU RAY/ DVD, chez Les films du Camélia.

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Une plongée mystérieuse et envoutante au cœur d’un phantasme féminin.

Variety :  voici un film que les cinéphiles dont nous faisons partie ont quelque peu oublié, alors que sa singularité aurait pu lui octroyer une place de choix au panthéon des films cultes, en faire une référence incontournable en matière de regard féminin sur la sexualité, en marquant une véritable rupture. Probablement, la volonté d’ouvrir des pistes, sans vouloir les refermer ni même les explorer longuement, explique en partie cela. Une optique opaque, du moins à prime abord, qui rend ardue toute tentative d’appropriation par le spectateur, le privant d’un préalable, d’une béquille pour se positionner face à un sujet, qui, de plus est, touche sa propre intimité.  Bette Gordon n’a de cesse de maintenir une distance, avec son personnage. Une volonté qui s’affirme dès le choix du titre, Variety n’est pas le nom de l’héroïne (Christine, pourtant omniprésente dans le film) mais celui du cinéma porno où elle travaille en tant que caissière. De ce cinéma, nous serons le plus souvent maintenue à distance,  et plus précisément de sa salle de spectacle  dans laquelle les excursions de la caméra sont parcimonieuses. Les vibrations de la salle étant retranscrites sous la forme d’échos, sonores par les bruits et dialogues qui s’entendent jusqu’au guichet, échos visuels par la récurrence des plans d’ensemble sur la façade de l’édifice aux mille clignotements.  De même, à son guichet, Christine (Sandy McLeod) est protégée de l’extérieur par une vitre. Tandis que dans les autres situations, son visage reste suffisamment fermé -mais néanmoins fascinant d’ambiguïté-, pour nous  maintenir le doute sur ses motivations. Quelles raisons la poussent à accepter de sortir avec Louie, un client du cinéma, bien plus âgé qu’elle ? À le suivre dans New-York, de jour ou de nuit, alors que ce dernier ne lui ne lui témoigne plus aucun intérêt ?

Un voyage au bout de la nuit interlope New-Yorkaise qui n’est pas sans rappeler celui de Travis Bickle dans Taxi Driver (Martin Scorsese, 1976), la violence en moins, même si le climat semble tout aussi propice à ce type d’explosion.  Deux scènes de témoignage, dans un style documentaire, recueillent les confessions d’entraineuses pour qui l’argent n’a pas d’odeur.  Deux séquences « réalistes », fonctionnant comme des contrepoints à l’aventure de l’héroïne, qui apparaît de plus en plus irréelle au cours de son développement. Au point de supposer qu’il ne s’agirait là que d’un long fantasme personnel. Déjà peu en phase avec son petit ami attitré, Mark (Will Patton), dans leurs premières scènes en commun – filmés côte à côte, sans aucun champ-contrechamp-, la jeune femme va finir par ignorer sa présence, en se lançant dans de longs monologues qui s’apparentent à des synopsis de film porno. Sous éclairé, les teintes criardes et le grain grossier de la pellicule, l’esthétique de Variety se veut poisseux comme celui des peep-shows, cinéma X ou autres lieux de perdition. Ni pour en dénoncer le vice et ses conséquences – Hardscore de Paul Schrader s’en est chargé cinq ans plus tôt- ni comme un prétexte érotique,  le corps n’étant pas ici un objet de désir et de monstration. Les dernières minutes sibyllines ouvrent encore plus le champ des possibles. Variety est indéniablement une œuvre par laquelle il faut se laisser hanter.

Coffret BLU RAY +DVD + livret ,chez Les Films du Camélia.

 

 

 

 

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Durée : 100 mn


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