Un avant-poste du progrès

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Une descente aux enfers affadie par un récit linéaire et une mise en scène trop sage.

Fin XIXème siècle, le long du fleuve du Congo, suite au décès de l’ancien responsable du comptoir commercial portugais, deux nouveaux colons viennent prendre la relève pour tenter de développer l’approvisionnement d’ivoire. Désorganisés, peu courageux, les deux hommes vont faillir dans leur mission et sombrer progressivement dans un état proche de la folie. Décidément, les explorateurs sont de retour en cette année 2017. Après le mystique Silence de Martin Scorsese, et l’épique The Lost City of Z, de James Gray, Un avant -poste du progrès nous plonge à son tour au cœur des enjeux politiques, culturels et humains engendrés par la colonisation occidentale. Même si cette dernière œuvre ne boxe pas dans la même catégorie budgétaire que ses prédécesseurs, son ambition n’en reste pas moins élevée. En adaptant, très librement, le roman éponyme de Joseph Conrad paru en 1897, Hugo Vieira Da Silva entend porter un regard anthropologique sur cette période historique tout en explorant les mécanismes de la schizophrénie. A l’écran, si la folie peut se révéler ô combien salvatrice, la léthargie prolongée ne pardonne pas, même si, ici ou là, quelques jolis soubresauts scénaristiques tentent de nous relancer.

 

Le désert des colons

Entre l’humidité, la chaleur insoutenable et les conditions d’hébergement spartiates, nos deux colons comprennent très vite le caractère punitif de leur mission. A la fatigue, s’ajoute le poids de ces longues journées passées à attendre les premiers retours des braconniers. Difficile de filmer l’ennui sans le provoquer. Très rares sont les réussites comme celle de Valerio Zurlini dans son adaptation du célèbre roman de Buzzati, Le Désert des Tartares (1975), qui réussissait à traduire ce même sentiment de désarroi en une fresque hypnotique et passionnante.

Une lumineuse et douce séquence d’initiation au bain, des scènes d’observation du peuple indigène, que n’aurait pas reniées le documentariste-ethnologue, Jean-Rouch, Vieira Da Silva s’emploie parfois avec succès à faire vivre son récit. Trop peu cependant pour éviter l’installation d’une monotonie qui invite davantage à la lassitude qu’à la contemplation. En panne d’inspiration, les séquences se reproduisent sans enjeu supplémentaire.

 

Le déclin de l’empire portugais

Le récit se situe à une période durant laquelle l’hégémonie portugaise dans cette région du monde se retrouve sérieusement menacée par l’Espagne, la France et l’Allemagne. La mollesse et la faiblesse des ces deux représentants de l’empire portugais témoignent de la résignation face à l’inéluctable changement de paradigme. Si João et Sant’Anna se prennent à rêver tout haut au développement d’un commerce florissant, ils se retrouvent inexorablement de simples pantins abandonnés par leur pays, face à la réalité de leur destin.

Sur cette situation, le point de vue du metteur en scène se veut burlesque. Ou,du moins tente-t-il de renouer par moments avec les recettes humoristiques du muet. Les personnages : deux véritables ballots au profil opposé, le dodu débonnaire face au chef rigide, incapables de maîtriser un environnement qui se retourne systématiquement contre eux. Une envie fréquente d’en découdre physiquement, source de posture et de gestuelle à la lisière du ridicule. Non seulement cet humour pince-sans-rire peine à produire ses effets, mais il apparaît incongru, voire même nocif à la dimension psychologique du récit, à l’instar de l’affrontement final, filmé en mode slasptick, qui vient détruire toute dramaturgie.

Ce ne sont pas les scènes rêvées ou autres crises de raison des personnages qui réussissent à nous plonger dans les tourments de la déchéance. Incapable d’approfondir et de maitriser un seul registre narratif, Hugo Vieira Da Silva préfère se disperser et finalement passer à côté du potentiel de son sujet.

affiche un avant poste du progrès

Titre original : Posto-Avançado do Progresso

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Durée : 121 mn


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