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Shabu

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Vision poétique et légère de la banlieue vue par les yeux d’un très jeune hip-hopeur.

Shabu rêve de gloire

Sur un thème trop rebattu (les jeunes immigrés des banlieues en difficulté, sic), Shamira Raphaëla réussit toutefois un film documentaire scénarisé d’une grande beauté qu’on aurait tort de bouder en cette rentrée morosissime. Dès le début, on est frappé par la beauté des couleurs, l’audace des cadrages et la justesse de l’interprétation des personnages, dont on ne sait jamais s’ils jouent ou non leur propre rôle. Il faut dire que le jeune Shabu, son copain et sa jeune fiancée sont remarquables de vérité ainsi que tous les autres acteurs non professionnels. Il s’agit d’un feel good movie comme on doit dire maintenant dans cette langue conquérante, oui il s’agit bien d’un film qui fait du bien et qui repose sur une intrigue pourtant bien mince. Shabu (14 ans), Néerlandais d’origine caribéenne, vit dans un appartement du centre-ville appelé De Peperklip, dans l’un des quartiers les plus notoires de Rotterdam Sud, aux Pays-Bas, où il rêve de devenir un célèbre musicien de hip-hop.

Comment réparer la voiture de mamie ?

Malheureusement, cet été-là, bien que sans permis, il a endommagé la voiture de sa grand-mère partie à l’étranger et elle n’est pas contente du tout. Elle refuse même de skyper avec lui. Ses parents lui ordonnent alors de trouver de l’argent avant qu’elle ne revienne. Alors, Shabu, dont on admirera tout du long le flegme typiquement adolescent, les tenues phosphorescentes et la naïveté de l’enfance, va s’essayer à tous les boulots : marchand de sorbets faits maison, employé dans une petite épicerie turque, mais ce qu’il réussit le mieux, c’est flemmarder avec les copains et se rêver une plus belle vie, notamment devenir célèbre et voler dans des jets privés avec des tenues assorties (le rêve un peu beauf des footballeurs français ! mais dans la bouche de Shabu c’est émouvant et même candide). Pourtant, et c’est passionnant de le relever, il n’y a dans ce beau film ni misérabilisme, ni moraline. La cité est filmée comme une entité à part, ni belle ni moche, comme Shabu le dit si bien dans la chanson qu’il lui consacre – qu’on entendra à la fin – et qui porte comme titre le nom de la résidence, Peperklip. Le film est construit certes autour de cette mince intrigue, mais il tend aussi à montrer les modes de vie de ces personnes venues du Surinam dans les Caraïbes, ex-colonie hollandaise qui avait inspiré le grand Voltaire.

Sauvé par l’amour

Entre rêve et réalité, le quotidien de Shabu est celui de tous les enfants des cités qui s’ennuient et s’amusent de tout, mais il est transcendé à la fois par l’amour (tant de la famille que de la petite amie) et par un désir de réussite qui va se concrétiser par la fête finale. Même si elle est assez convenue, on ne peut pas vraiment blâmer la réalisatrice puisqu’elle clôt ce film comme un conte de l’enfance. Cette fête de hip-hop, que Shabu et ses potes organisent par dessus la jambe comme tout ce que font les ado actuels, est destinée à permettre la réparation de la voiture de la mamie. Le film se conclura d’ailleurs sur cette fête qui concrétise le talent de rappeur de Shabu, lui permet de rendre hommage à sa petite amie et de demander pardon à sa grand-mère. Laquelle le prend dans ses bras et lui a déjà pardonné puisque Shabu est un nounours tendre et attachant. Beau film de fin d’été, Shabu ne vous décevra et fiez-vous à sa belle affiche très sixties. « Dans notre société, les garçons noirs sont trop souvent stéréotypés, avec toutes les conséquences que cela entraîne, constate la réalisatrice dans le dossier de presse du film. Ce film a pour but de contrecarrer cela avec une perspective différente. » Et c’est une vraie réussite, merci.

 

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Durée : 75 mn


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