Satoshi

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Un jeune homme commence à réfléchir au sens de sa vie tout en perdant la vue et l’ouïe dans le biopic émouvant mais subtil de Jumpei Matsumoto, Satoshi (Sakurairo no Kaze ga Saku). Le titre original japonais «les fleurs de cerisier dans le vent» penche vers le poétique en faisant écho à la manière dont le protagoniste est capable de s’ouvrir à un autre type d’expérience sensorielle.

 

Satoshi Fukushima est né dans la préfecture de Hyogo en 1962. Il a perdu la vue à l’âge de 9 ans et l’audition à l’âge de 18 ans. En 1983, il a été admis à l’Université métropolitaine de Tokyo, devenant ainsi le premier sourd-aveugle au Japon à étudier à l’Université métropolitaine de Tokyo. Satoshi Fujisawa deviendra aussi plus tard le premier professeur d’université sourd-aveugle au Japon, d’abord professeur associé à l’Université de Kanazawa puis professeur au Centre de recherche sur les sciences et technologies avancées de l’Université de Tokyo en 2008.

Le film de Matsumoto n’aborde pas vraiment les différentes manières dont Satoshi est gêné par une société largement capacitiste, mis à part le fait qu’il doit quitter son domicile et se rendre à Tokyo pour fréquenter une école pour aveugles. Satoshi était cependant victime d’intimidation lorsqu’il était enfant, en particulier de la part d’une bande de garçons odieux qui le poussent à retirer son œil de verre devant eux alors qu’il est par ailleurs isolé par le besoin constant de reposer ses yeux avec seulement du rakugo à écouter à la radio.. Initié au braille, il est immédiatement fasciné en remarquant que celui qui l’a inventé devait être un génie.

 

C’est le braille qui finit par devenir sa bouée de sauvetage, alors que sa mère trouve un moyen de communiquer avec lui en appuyant sur ses doigts pendant qu’elle tapait sur un clavier braille et qu’il répondait vocalement. Sa solution ad hoc a apparemment continué à fournir un moyen de communication important pour d’autres personnes sourdes-aveugles à travers le monde et rappelle à Satoshi que même s’il peut avoir l’impression d’être abandonné dans son espace intime et sensoriel, il n’est pas seul et est capable d’interagir avec le monde. Tout en essayant de sauver son audition, il avait décidé d’essayer une méthode de traitement alternative qui mettait l’accent sur des exercices intenses et une alimentation conçue pour renforcer le système immunitaire, bien qu’il ait découvert que cela ne faisait que le priver d’un apport sensoriel supplémentaire et, par conséquent, d’une envie de manger classiquement. Bien qu’il soit incapable de voir ou d’entendre, il peut toujours goûter et sentir le monde qui l’entoure, accueillant le printemps de manière inattendue tout en acceptant son potentiel et son indépendance.

Cela dit, sa philosophie principale est que la vie est pleine de vides conçus pour que d’autres personnes puissent les combler de manière à ce que nous puissions tous nous entraider. Le film n’hésite pas à explorer la pression exercée sur la famille de Satoshi alors qu’elle tente de faire face à ses besoins médicaux, ce qui culpabilise sa mère d’être souvent loin de ses deux autres enfants, et voit son père solitaire et surchargé, tout en essayant d’équilibrer les exigences de sa vie professionnelle avec celles de la prise en charge de l’espace domestique. Dans tous les cas, ils décident de s’en sortir en famille, en faisant ce qu’ils peuvent pour soutenir Satoshi sans lui priver de la possibilité de mener une vie aussi indépendante que possible. Satoshi en vient à croire que ses handicaps peuvent être le prix à payer pour son objectif, qu’il doit y avoir quelque chose qu’il est censé faire de sa vie ainsi que des endroits que lui seul pourrait découvrir. Le film le retrouve finalement dans un espace de possibilités, rappelant des moments heureux avec sa famille lorsqu’il était enfant, mais également impatient d’explorer un nouveau potentiel pour repousser les limites et de sauter les barrières que d’autres auraient pu lui imposer.

Jumpei Matsumoto réalise un film basé sur une histoire plutôt dramatique, qui pourrait facilement se transformer en un mélodrame hyperbolique, mais entre ses mains, il parvient à éviter cet écueil. La manière dont il y parvient est à plusieurs niveaux. Premièrement, via le protagoniste lui-même, dont l’optimisme constant et la volonté de ne jamais abandonner l’ont conduit au succès final, même s’il y a eu un moment où il a brièvement hésité vers le désespoir. Deuxièmement, sa famille était toujours à ses côtés et, même si son père était quelque peu strict et distant, il ne le quittait pas, de même que ses frères. Enfin, l’accent mis sur la mère et le fait qu’elle ait compris qu’elle devait rester forte pour son fils vont également dans le même sens, même si Matsumoto dépeint des moments où elle aussi était prête à succomber. Une photographie enserrant les personnages les accompagne au cours de leur lutte, ainsi qu’une attention portée à la variation de la lumière dans les intérieurs comme dans les scènes extérieures (comme à l’hôpital, ou lors des promenades mère-fils). Sans omettre un accompagnement sonore lié à l’intériorisation des protagonistes, essentiellement Satoshi. Les gros plans s’avèrent subtilement agencés face au désarroi de l’adolescent, sans devenir insistants voire hyperboliques. Quant aux acteurs, magistraux, ils assurent et assument leurs rôles avec une intensité et une humanité quasiment indicibles. Satoshi regorge de moments inoubliables, de personnages variés, de rencontres touchantes, de promesses d’avenir, voire d’amour avec Masami ou d’amitié avec Yamamoto.

Cette œuvre nous laisse un souvenir ému, avec autant de beauté et de finesse que ces plans en plongée sur des cerisiers dont les fleurs s’envolent au vent.

 

Titre original : Sakura Iro no Kaze ga Saku

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Durée : 113 mn


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