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Robert Mitchum est mort

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Road movie kaurismakien dans l’âme, le premier film d’Olivier Babinet et Fred Kihn offre de beaux moments de poésie surréaliste parasités par les faiblesses d’un scénario qui n’est pas à la hauteur de ses ambitions formelles.

"Je suis devenu acteur de cinéma… Je me suis dit que si Rintintin pouvait y arriver, ce serait du gâteau pour moi." C’est sur cette fameuse citation de feu Robert Mitchum que s’ouvre le premier long métrage du duo Olivier Babinet et Fred Kihn. Si cette phrase explique le curieux titre du film, elle sert surtout de prétexte pour déplorer la mort d’une certaine forme de cinéma fait d’insouciance, de bouts de ficelle et d’ingéniosité. Hommage ou réhabilitation d’une manière de faire quasiment disparue aujourd’hui, ce projet qui a mis plus de cinq ans à éclore s’attache en tout cas à emprunter cette voie.

Les deux compères, qui se sont rencontrés sur Le Bidule, une série courte produite par Canal+ au début des années 2000, livrent ici un road movie tragi-comique et désenchanté basé sur un couple improbable entre un acteur dépressif de troisième zone et son manager à la petite semaine, le seul convaincu du potentiel de son poulain. Bientôt rejoints par un troisième larron, un musicien étrange et mutique (campé par l’étonnant Bakary Sangaré de la Comédie Française), ils entreprennent un périple chaotique vers le grand nord à la recherche d’un cinéaste de renom, espérant y trouver le chemin du succès.
 
Inspirés par le voyage qu’ils avaient fait pour rencontrer Aki Kaurismäki lors du Midnight Sun Festival (un festival créé par le metteur en scène finlandais, qui passe des films 24h sur 24 pendant cinq jours), les réalisateurs ont emprunté par la même occasion bon nombre d’éléments de son cinéma, dont son chef-opérateur Timo Salminen. Des gags nonsensiques aux personnages lunaires, en passant par un minimalisme psychologique et une lumière blafarde, le film cultive une langueur mélancolique ponctuée d’intermèdes tantôt absurdes, tantôt oniriques. Servi par la bande originale d’Etienne Charry (ancien co-leader du groupe Oui Oui avec un certain Michel Gondry) qui oscille entre rock et plages plus planantes, Robert Mitchum est mort assume aussi sa part de culture américaine. Outre le cadre du road movie, on y côtoie l’univers décalé et les situations surréalistes qui ont balisé le cinéma lynchien et les premiers Jarmusch.

Il faut admettre que l’odyssée de ces beautiful losers en quête d’un cinéma qui n’existe plus s’avère intrigante. Pourtant, en dépit d’une composition remarquable de son tandem d’acteurs (Olivier Gourmet bien sur, mais également la découverte Pablo Nicomedes et son étrange silhouette dégingandée), le film s’étiole progressivement et finit même par susciter un ennui poli. La faute à un scénario qui se perd en circonvolutions paresseuses, donnant par moments l’impression de revoir plusieurs fois les mêmes scènes, et à un humour qu’on aurait aimé plus noir et plus mordant. Des enjeux dramatiques trop dérisoires ou du maniérisme un brin arty, difficile de savoir ce dont le film pâtit le plus. Mais ce road movie laisse le spectateur sur le bord du chemin, quand, dans la même veine, Eldorado du belge Bouli Lanners démontrait une tendresse et une générosité plus évidentes.
 

 
 
 

Titre original : Robert Mitchum est mort

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Durée : 91 mn


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