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Rencontre avec Stellan Skarsgard

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Pour la première fois dans son impressionnante carrière, Stellan Skarsgard tient le premier rôle d’une comédie. Il est « Un chic type » dans l’irrésistible bijou d’humour noir de Hans Petter Moland. Rencontre avec le Suédois le plus célèbre d’Hollywood.

Muse masculine de Lars von Trier, répugnant captif du Hollandais volant dans la série Pirates des Caraïbes, acteur de Spielberg, Milos Forman, Gus van Sant ou Iñárritu… Stellan Skarsgård a un CV long comme le bras et pourtant, il n’avait encore jamais tenu le premier rôle dans une comédie. (Difficile à croire après cinq minutes passées en sa compagnie). C’est chose faite avec Un chic type, irrésistible bijou d’humour noir du Norvégien pince sans rire Hans Petter Moland.

Qui est Ulrich, le héros d’Un chic type ?

C’est un gars qui n’a jamais vraiment eu de vie, notamment parce qu’il a passé pas mal de temps en prison. A présent il doit sortir, ce qui ne le fait pas rêver car il n’a aucune envie de se confronter au monde extérieur. C’est un peu un gentleman, mais un peu seulement car il est meurtrier professionnel [le titre international est A somewhat gentleman, ndlr]. Il ne tue pas par passion, seulement parce que c’est son boulot.

On rit beaucoup durant ce film, pourtant sa situation est on ne peut plus dramatique…

Peut-être qu’il existe un sens de l’humour nordique et que nous avons trouvé le moyen de déceler ce qui peut faire rire dans des situations de misère totale. Regardez par exemple, Chansons du deuxième étage, de Roy Andersson, l’un des plus fantastiques réalisateurs de Suède : l’histoire est profondément triste, sombre, voire lugubre et pourtant, c’est hilarant. Enfin, je trouve…

C’est la première fois qu’Hans Petter Moland réalise une comédie…

C’est une première pour moi aussi ! J’avais déjà tenu de petits rôles comiques, dans Mamma Mia ! par exemple, mais je n’avais jamais été le personnage principal d’un tel film. Nous avions déjà travaillé ensemble sur deux films très sombres (Zero Kelvin et Aberdeen) et ni lui ni moi ne pensions être capables de faire une comédie. Il fallait qu’on tente le coup…

Hans Petter Moland a présenté son film comme un « hommage au genre imparfait« . Seriez-vous tous les deux féministes ?

Disons que nous sommes Scandinaves. Il n’y a pas de région au monde où les femmes sont plus émancipées. Ici, les hommes ont réalisé à quel point ils étaient imparfaits et désarmés face aux femmes…

Trois films tournés avec Hans Petter Moland, quatre avec Lars von Trier (Breaking the Waves, Dancer in the dark, Dogville et Melancholia qui sort le 17 août)… Vous êtes un acteur fidèle. Qu’est-ce qui vous lie à ces deux réalisateurs en particulier ?

Ils sont tous les deux excellents dans la direction de leurs acteurs à qui ils laissent une grande marge de manœuvre. Aucun d’eux ne m’a jamais dit : « Fais ça !« . Ils m’expliquent ce dont ils ont besoin et c’est mon boulot de trouver comment remplir cet espace qu’ils m’accordent. Ce n’est que comme ça que j’aime travailler. Je ne suis pas du genre à répéter chez moi, à décider exactement comment je vais jouer une scène et à m’y tenir une fois devant la caméra. Je me laisse porter par l’atmosphère sur le tournage, les réactions des autres acteurs, les imprévus…

Le fait d’être très proche des réalisateurs pour qui vous travaillez ne complique jamais les choses ?

Ce n’est pas comme si on avait couché ensemble non plus ! Là, ce serait sans doute beaucoup plus compliqué… Avec eux tout est plus simple au contraire : les discussions sont plus courtes, les explications aussi. Ils connaissent mes points forts et mes points faibles et je connais les leur. En leur compagnie je me sens en sécurité et donc plus courageux. Or c’est quand un acteur prend des risques qu’il peut donner le meilleur de lui-même.

Vous arrive-t-il de bénéficier d’autant de liberté sur le tournage d’un film hollywoodien ?

Certains producteurs n’autorisent pas les acteurs à prendre la moindre initiative. On me demande de fournir une prestation et je le fais, mais je ne me sens pas très à l’aise sur ce genre de tournage qui ressemble à du travail à la chaîne. Mais lorsque le réalisateur est vraiment bon, même à Hollywood, il laisse de l’espace à ses acteurs. Quand j’ai travaillé pour Gore Verbinski sur les différents épisodes de Pirates des Caraïbes par exemple, j’avais l’impression de tourner un petit film indépendant tant j’étais libre de mes mouvements.

Comment faites-vous vos calculs quand vous acceptez de tourner une super production ? Vous vous dites : « un film aux Etats-Unis, c’est tant de petits films chez moi » ?

En gros, c’est ça. Je sais qu’un seul film tourné à Hollywood me permettra d’une part, de travailler sur des projets qui ne me rapporteront quasiment rien, d’autre part, de rassurer les banquiers qui financeront ces petites productions et qui penseront, à tort évidemment, que puisque j’ai joué dans des films qui ont rapporté un max, ma présence les aidera à s’en mettre plein les poches.

Ces deux types d’expériences, très différents, sont-ils aussi satisfaisants intellectuellement ?

Je pense être un acteur très malléable, mais je ne suis pas naïf. Je sais pertinemment que lorsqu’on fait appel à moi sur un film au budget de 200 millions de dollars, ce n’est pas dans l’espoir de me voir creuser la psychologie de mon personnage. Dans ce type de productions, les personnages ne sont que des éléments du décor. C’est l’intrigue qui porte le film, contrairement aux films indépendants qui raisonnent à l’opposé, en s’appuyant sur la caractérisation des personnages. Heureusement, il y a des exceptions. Chez David Fincher par exemple. Même lorsqu’il tourne un thriller, les personnages demeurent au cœur de tout.

Parlons de David Fincher justement puisque vous jouerez le personnage d’Henrik Vanger dans son Millenium. Ce n’est pas un peu tôt pour faire un remake du film de Niels Arden Oplev ?

Souvent, les Américains récupèrent le scénario de films européens brillants et le nettoient de tout ce qu’ils trouvent trop violent ou susceptible de ne pas plaire à tout le monde. Ce type de remake n’a aucun intérêt. Dans le cas de David Fincher, je crois qu’on ne peut même plus parler de « remake » : il a dit d’emblée qu’il ne s’appuierait que sur le livre pour en tirer un film qui n’aura rien à voir avec celui de Niels Arden Oplev. Et puis le scénario a été confié à Steven Zaillan (Gangs of New York, Hannibal, La Liste de Schindler…), qui est sans aucun doute l’un des meilleurs au monde dans son domaine…

Et après Millenium, quels sont vos projets ?

Quand je finis un film, je ne sais plus qui je suis ou ce que j’ai envie de faire. J’ai bien quelques projets de petits films indépendants mais qui sait s’ils verront le jour ? Peut-être que je vais refaire une comédie. Je suis resté sérieux trop longtemps.

Propos recueillis par Pamela Pianezza, janvier 2011


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